En multipliant les consultations avec les forces politiques, le président de la Refondation change progressivement de méthode. Une ouverture qui pourrait cependant bousculer les équilibres établis depuis son arrivée au pouvoir. Car lorsqu’un chef d’Etat élargit son cercle d’écoute, ceux qui détenaient jusque-là le privilège de son oreille peuvent avoir beaucoup à perdre.
Il y a encore quelques mois, le pouvoir de la Refondation donnait l’image d’un entourage relativement fermé, organisé autour du colonel Michaël Randrianirina et de ses soutiens les plus proches. Désormais, les portes s’entrouvrent pour les anciens présidents, tenus jusque-là à l’écart, et d’autres acteurs politiques.
En politique, l’influence ne dépend pas uniquement des titres officiels, elle tient aussi à la proximité, à la capacité d’accéder directement au décideur, de lui transmettre une lecture de la situation et parfois de filtrer celles des autres. Plus le cercle présidentiel est étroit, plus ce privilège prend de la valeur. Mais lorsque le président commence à écouter directement d’autres acteurs, le monopole se fissure. C’est là que le dialogue politique peut provoquer ses premiers remous au sein même du camp de la Refondation.
En tout cas, la logique du pouvoir suffit à comprendre pourquoi cette ouverture pourrait susciter des inquiétudes. Certains soutiens de la première heure ont accompagné le colonel Michaël Randrianirina lorsque le nouveau régime cherchait encore ses marques. Ils ont participé à la construction de son environnement politique et peuvent considérer leur proximité avec lui comme un capital acquis.
En s’ouvrant à d’autres interlocuteurs, le colonel peut confronter les analyses, entendre directement les revendications des autres camps et décider sans dépendre exclusivement de son entourage immédiat. Autrement dit, sortir de sa « tour d’ivoire » pourrait aussi signifier, pour Michaël Randrianirina, s’émanciper progressivement de ceux qui avaient pris l’habitude de murmurer à son oreille.
Tivo Rasam




