Des jeunes pris au piège

Il y a des chiffres qui ne font pas beaucoup de bruit. Pas de klaxon, pas de sirène, pas de foule dans la rue. Et pourtant, ils devraient nous réveiller. Ceux publiés par le centre Aro Aina en font récemment partie.
Il semble en effet qu’entre 2021 et 2026, la grande majorité des jeunes pris en charge pour consommation de cannabis avaient moins de 35 ans. Pour l’héroïne, la tranche d’âge est encore plus inquiétante : beaucoup avaient à peine dépassé l’adolescence. En clair, certains découvrent les substances psychotropes bien avant d’avoir eu le temps de découvrir tout le reste de leur vie.
À 14 ou 15 ans, on devrait surtout se demander quelle filière choisir au lycée, quel match regarder le week-end ou comment convaincre ses parents de rentrer un peu plus tard. Pas comment obtenir sa prochaine dose.
Le problème, justement, est que la dépendance ne demande pas l’autorisation d’entrer. Elle s’installe progressivement, presque discrètement. Une première expérience, puis une autre. Un peu plus souvent, un peu plus longtemps, avec des doses qui augmentent. Jusqu’au jour où ce qui était présenté comme une expérience devient une habitude, puis une prison.
Et pendant ce temps, le cerveau, lui, n’a pas terminé son chantier. Il continue de se construire bien après l’adolescence. Voilà qui devrait faire réfléchir ceux qui considèrent encore certaines substances comme de simples accessoires de fête ou des moyens de se détendre.
D’autant que le cannabis arrive rarement seul. Il peut être accompagné du tabac, de l’alcool et, parfois, d’autres substances. Il est temps de changer de réflexe. Un jeune en difficulté n’a pas nécessairement besoin d’un sermon supplémentaire. Il a peut-être besoin qu’on lui tende la main avant qu’il ne cherche ailleurs une béquille. Parce qu’à 14 ans, on devrait avoir beaucoup de choses à construire. Une dépendance ne devrait certainement pas en faire partie.

Rakoto

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