Le nom vernaculaire d’une plante révèle souvent son usage historique, ses vertus médicinales ou sa forme caractéristique. Il en est ainsi, à titre d’exemple, de l’« Amparimamy » ou Anisophyllea fallax, une plante médicinale utilisée par la population d’Antsahalalina Vatomandry pour traiter le diabète. L’arbuste a fait l’objet d’une étude par Haja Yves Marius Rantoniony, un étudiant en Master dans le parcours Gestion et valorisation des ressources naturelles de la Mention Environnement de l’Institut universitaire de l’innovation technologique (IUIT) rattaché à l’université de Vakinankaratra. Interview.
(*) Les Nouvelles : Pourquoi avez-vous choisi cette plante comme objet de votre étude ?
(-) Haja Yves Marius Rantoniony : Au cours de l’enquête ethnobotanique que j’ai menée localement à AntsahalalinaVatomandry, le nom vernaculaire de la plante ainsi que son utilisation traditionnelle ont attiré mon attention. Notamment pour ses feuilles qui présentent un goût légèrement sucré. Seraient-elles utilisées pour traiter le diabète ?
* Quelles ont donc été vos approches pour étudier son activité biologique ?
– D’abord, les feuilles collectées ont été séchées à l’air libre à l’abri du soleil, puis broyées et macérées dans une solution hydroalcoolique. Le filtrat a ensuite été évaporé à sec afin d’obtenir un extrait sec. Cet extrait a fait l’objet d’une étude phytochimique et d’une étude préliminaire de son activité antidiabétique sur un modèle animal : le rat.
* Pouvez-vous nous résumer vos résultats d’étude ?
-Premièrement, l’extraction présente un rendement élevé de 19% qui pourrait-être bénéfique pour son utilisation future. Cet extrait est riche en métabolites secondaires, notamment les polyphénols (flavonoïdes et tanins) et les saponines qui pourraient-être à l’origine de l’activité biologique. Les résultats du test de tolérance orale au glucose (ou hyperglycémie provoquée par voie orale – HGPO) de l’extrait à 100 mg/kg montrent une réduction notable de la glycémie à partir de 60 minutes après la charge en glucose. L’analyse statistique par le test de Student révèle une différence significative entre le lot traité et le lot témoin négatif, confirmant ainsi une activité anti hyperglycémiante réelle. Par ailleurs, l’effet observé est jugé comparable à celui de la Metformine, médicament de référence dans le traitement du diabète de type 2.
Aucun effet toxique n’est constaté à une dose de 500 mg/kg, et ce, conformément aux résultats du test de toxicité aiguë.
* Votre conclusion et recommandation après cette étude ?
– Le diabète est directement ou indirectement responsable de millions de décès chaque année dans le monde, principalement en raison de ses complications vasculaires et métaboliques. A Madagascar, la médecine traditionnelle et l’usage des plantes médicinales constituent une alternative précieuse pour de nombreux patients atteints de diabète, notamment en raison de leur accessibilité géographique et financière. Seul, le manque de validation scientifique et clinique à grande échelle freine la valorisation et l’intégration de ces ressources dans le système de santé formel. Ces résultats constituent une première validation scientifique prometteuse et justifient des investigations complémentaires pour mieux caractériser les principes actifs responsables de cet effet.
Propos recueillis par Sera R.




