Nourrir ceux qui nous nourrissent

A Madagascar, l’agriculture fait vivre des millions de familles. Et une grande partie du monde rural assure une part essentielle de l’alimentation du pays. Pourtant, ceux qui produisent de quoi nourrir la population sont souvent eux-mêmes parmi les plus vulnérables.
La Banque mondiale estime que plus de 60 % des actifs malgaches, travaillent dans le secteur agricole. Mais cette dépendance massive à un secteur caractérisé par une faible productivité, contribue aussi à maintenir une grande partie de la population dans la pauvreté. Dans son évaluation de 2024, basée sur les données de 2022, elle estimait que près de 80 % de la population rurale était pauvre et que 90 % des ménages vivant principalement de la terre, se trouvaient sous le seuil de pauvreté. C’est toute la contradiction.
En réalité, une grande partie des exploitants reste dépen­dante des pluies, dispose de peu de mécanisation et rencontre des difficultés d’accès aux semences, aux engrais, au financement, à l’irrigation, aux infrastructures de stockage et, parfois, simplement aux routes permettant d’écouler la production.
A cela s’ajoute désormais le dérèglement climatique. Cy­clones, inondations, sécheresses et irrégularité des pluies peuvent anéantir en quelques heures le travail de plusieurs mois. L’agri­culteur supporte le risque, mais ne dispose que rarement d’une assurance, d’une épargne suffisante ou d’un mécanisme de compensation capable de lui permettre de repartir.
Et lorsque la récolte est bonne, les agriculteurs ne gagnent pas forcément la bataille. L’enclavement, les pertes après récolte, les intermédiaires, le manque d’unités de transformation et les difficultés de conservation réduisent encore la valeur qui leur revient réellement. Accroitre les volumes ne suffit donc pas, il faut surtout produire pour vivre correctement de son travail.
Avant de se demander si Madagascar produit suffisamment de riz, de maïs, de manioc… le pays doit se demander s’il offre suffisamment de moyens à ceux qui les produisent pour qu’ils puissent vivre correctement de leur travail. Faire de l’agricul­ture une activité capable de générer des revenus décents.

Tivo Rasam

Partager sur: