La recrudescence de la violence, souvent marquée par une brutalité inouïe, est alarmante. Il est consternant de constater que des jeunes en sont les principaux auteurs, avec des actes témoignant parfois d’un état d’esprit sanguinaire et d’un sadisme pur et simple. Il suffit d’observer la manière dont les quatre individus ont tué Stéphanie et Haingotiana, ainsi que la façon dont ils ont relaté les faits avec désinvolture, comme s’ils avaient simplement égorgé une poule. Toutefois, cette situation pourrait être évitée, ou du moins atténuée, si l’on enseignait l’empathie aux enfants dès leur plus jeune âge, estime le Dr Nambinina Rasolofotsialonina, psychiatre.
(*) Les Nouvelles : Que pensez-vous de l’état d’esprit de certains jeunes actuels face à la violence, qui semble plus fréquente que chez les générations précédentes ? Qu’est-ce qui motive de tels agissements ?
(-)Dr Nina : Cet état d’esprit résulte de plusieurs facteurs plutôt que d’un seul. On peut citer l’exposition répétée à la violence, qui la banalise à travers les films ou les réseaux sociaux, les traumatismes psychologiques durant l’enfance liés à la maltraitance, les conflits parentaux pouvant aboutir à la séparation des parents, le harcèlement scolaire et bien d’autres facteurs.
A cela s’ajoute la consommation de drogues, une habitude facile à adopter lorsqu’ elle se généralise dans l’entourage, ainsi que le manque d’encadrement éducatif. De nombreux parents sont accaparés par la nécessité de gagner leur vie et disposent de moins de temps pour leurs enfants, qui cherchent alors des modèles auprès de leur entourage. Le temps consacré aux échanges constructifs entre parents et enfants devient ainsi insuffisant.
Une personne sadique n’est pas nécessairement atteinte de troubles mentaux. Cela peut découler d’un manque d’empathie ou encore relever de la dynamique de groupe.
* Où réside donc le problème ?
– Les causes profondes résident dans la société et l’éducation. La responsabilité est donc partagée entre tous les acteurs, notamment les familles, l’école, les médias et les institutions.
* Que faut-il faire pour prévenir ce genre de choses ?
– L’empathie doit être enseignée aux enfants dès leur plus jeune âge, et toutes les personnes impliquées dans leur éducation doivent contribuer à la leur transmettre. Dire simplement à un enfant « ne fais pas ça » ne suffit pas toujours. Il faut aussi lui apprendre à se demander : « Si j’étais à sa place, qu’est-ce que je ressentirais ? » Ce travail quotidien constitue l’une des meilleures préventions contre la banalisation de la violence.
Pour les familles, il convient d’accroître le temps consacré à la communication au foyer, afin que les parents puissent établir des règles claires, comprendre les centres d’intérêt de l’enfant et limiter le temps passé devant les écrans, notamment en restreignant l’accès aux contenus inadaptés à son âge. Il faut également leur apprendre à faire preuve d’empathie face à la souffrance qu’ils peuvent infliger à autrui lors de conflits avec leurs pairs.
A l’école, les conflits entre enfants, en particulier le harcèlement scolaire, ne doivent pas être banalisés, car ils peuvent avoir d’importantes répercussions. Quant aux institutions, les lois existantes doivent être réexaminées, actualisées et appliquées.
Propos recueillis par Sera R.




