Madagascar : des financements annoncés, mais quels résultats pour l’économie réelle ?

Des milliards mobilisés, une question essentielle
Madagascar ne manque pas de partenaires financiers. Banque mondiale, Fonds monétaire international (FMI) et autres institutions de développement accompagnent le pays dans des domaines aussi stratégiques que les infrastructures, l’énergie, les transports, l’agriculture et la résilience face aux catastrophes naturelles. Pourtant, une question demeure : dans quelle mesure ces financements se traduisent-ils réellement par une amélioration de l’activité économique ?

L’actualité d’octobre 2026 remet cette interrogation au centre du débat. Le 30 septembre, le conseil d’administration du FMI a achevé les troisième et quatrième revues combinées de ses programmes avec Madagascar, autorisant un décaissement d’environ 155 millions de dollars. Quelques jours plus tard, les discussions avec la Banque mondiale ont notamment porté sur l’accélération des réformes et le déblocage des grands projets. Les annonces témoignent de la continuité du soutien international. Mais elles rappellent également que l’accès aux ressources financières ne constitue pas, à lui seul, une garantie de développement.

Le véritable problème : transformer les engagements en réalisations
Le financement d’un projet ne représente que la première étape d’un processus beaucoup plus long. Il faut ensuite finaliser les études, respecter les procédures administratives, résoudre les questions foncières, sélectionner les entreprises, lancer les travaux et assurer leur suivi.

Or, les difficultés d’exécution budgétaire restent importantes. Selon des chiffres rapportés par L’Express de Madagascar en octobre, le taux d’exécution budgétaire atteignait 44,2% à l’approche du dernier trimestre de 2026. Pour les investissements financés par des ressources extérieures, il n’était que de 20,3%, contre 63,7% pour les investissements financés par l’État. Plus de 1 000 milliards d’ariary auraient ainsi été bloqués dans le circuit financier en raison de problèmes de décaissement.

Ces données illustrent un paradoxe : des ressources peuvent être disponibles ou programmées alors que les projets tardent à se concrétiser. Il ne suffit donc pas de négocier des financements. Il faut aussi disposer d’une administration capable de les transformer en dépenses productives, dans les délais et selon les objectifs prévus.

L’économie réelle attend des infrastructures fonctionnelles
Pour les entreprises malgaches, la réussite d’un financement international ne se mesure pas seulement au montant annoncé. Elle se mesure à la qualité des routes, à la régularité de l’électricité, à l’accès à l’eau, à la fiabilité des transports et à la rapidité des échanges commerciaux.

Une route réhabilitée peut réduire les délais de livraison et faciliter l’écoulement des productions agricoles. Un réseau électrique plus fiable peut permettre à un atelier d’augmenter ses heures de travail. Une meilleure infrastructure portuaire peut diminuer les difficultés logistiques des exportateurs. Ces effets peuvent renforcer la productivité des entreprises et encourager de nouveaux investissements.

À l’inverse, un projet retardé maintient les entreprises dans un environnement contraignant. Les producteurs continuent de rencontrer des difficultés d’acheminement, les transporteurs subissent les conséquences des routes dégradées et les investisseurs hésitent lorsque les infrastructures indispensables à leur activité ne sont pas disponibles.

La Banque mondiale a notamment approuvé en avril 2026 un financement de 200 millions de dollars en faveur du transport multimodal et de la logistique à Madagascar. Le projet prévoit des interventions sur des infrastructures ferroviaires et portuaires, ainsi que le développement d’une plateforme logistique près d’Antananarivo. L’enjeu sera de faire passer ces investissements du stade de la programmation à celui de services effectivement utilisables par les opérateurs économiques.

La JIRAMA, un test pour la crédibilité des réformes
L’énergie constitue un autre exemple révélateur. Les difficultés de la JIRAMA pèsent sur les activités qui dépendent de l’électricité, notamment les industries, les commerces, les services et les petites unités de production. Les réformes annoncées dans ce secteur ne peuvent donc être évaluées uniquement à travers les plans de redressement ou les montants mobilisés.

Le résultat concret doit se traduire par une alimentation électrique plus fiable, une meilleure gestion des ressources et une réduction des contraintes qui pèsent sur les entreprises. La Banque mondiale a de nouveau souligné, lors des échanges d’octobre, l’importance de la gouvernance de la JIRAMA et de l’accélération des investissements énergétiques, notamment autour du projet hydroélectrique de Volobe.

La question est simple : combien d’heures de production supplémentaires les entreprises pourront-elles assurer grâce aux améliorations réalisées ? Dans quelle mesure les interruptions de service diminueront-elles ? Ce sont ces indicateurs, davantage que les annonces, qui permettront de mesurer l’efficacité des investissements.

Le financement extérieur ne remplace pas une gestion rigoureuse
Les partenaires internationaux apportent des ressources financières, une expertise technique et un accompagnement des réformes. Mais la responsabilité de la préparation, de l’exécution et du contrôle des projets incombe aussi aux institutions malgaches.

Dans ses conclusions de septembre, le FMI a insisté sur la mobilisation des recettes publiques, l’amélioration de la gestion budgétaire et la nécessité de renforcer la transparence. Ces exigences ne sont pas de simples formalités administratives. Elles conditionnent la capacité de l’État à financer ses priorités, à honorer ses engagements et à utiliser les ressources disponibles de manière efficace.

Une meilleure exécution suppose notamment des projets suffisamment préparés, des procédures plus fluides, des responsabilités clairement définies et des contrôles rigoureux. Elle nécessite également de rendre compte des résultats obtenus, des délais respectés et des éventuels écarts entre les objectifs initiaux et les réalisations.

Accélérer les dépenses ne doit toutefois pas signifier dépenser dans la précipitation. Une exécution rapide, mais mal préparée ou insuffisamment contrôlée, risque de produire des infrastructures inadaptées, des coûts supplémentaires ou des résultats décevants. L’objectif doit être une dépense publique à la fois rapide, transparente et productive.

Mesurer les résultats plutôt que les promesses
Pour mieux apprécier l’impact des financements, Madagascar gagnerait à communiquer régulièrement des informations accessibles sur l’avancement des principaux projets. Combien de kilomètres de routes ont été réhabilités ? Combien de communes bénéficient d’un meilleur accès à l’eau ou à l’électricité ? Quels délais séparent la validation d’un projet du début des travaux ? Combien de petites entreprises ont effectivement bénéficié des dispositifs de financement annoncés ?

Ces questions permettraient de rapprocher les chiffres budgétaires des résultats observables. Elles aideraient également les citoyens, les entreprises et les partenaires financiers à distinguer les ressources promises, les fonds effectivement décaissés, les travaux réalisés et les services réellement opérationnels.

Le suivi devrait aussi intégrer les effets économiques à moyen terme : évolution des coûts logistiques, amélioration de la productivité, création d’activités et entretien des équipements après leur mise en service. Une infrastructure n’est véritablement utile que si elle fonctionne durablement et répond aux besoins des acteurs économiques.

Le défi malgache : faire du financement un moteur de production
Madagascar dispose d’opportunités de financement et de projets susceptibles de soutenir son développement. Mais les ressources extérieures ne produiront leurs effets que si elles s’accompagnent d’une capacité nationale d’exécution, d’une gouvernance rigoureuse et d’une coordination efficace entre les administrations, les collectivités, les entreprises et les bailleurs.

Le débat ne devrait donc pas se limiter à la question de savoir combien de milliards ont été obtenus. Il devrait porter sur ce que ces milliards permettent effectivement de construire, de produire et de développer.

Car, pour l’économie réelle, la différence entre un financement annoncé et un projet achevé est considérable. Elle se mesure dans une route praticable, une entreprise qui peut produire régulièrement, un agriculteur qui accède à son marché et un investisseur qui trouve les conditions nécessaires pour créer une activité.

Le véritable indicateur du succès économique ne sera pas seulement le volume des financements mobilisés, mais la capacité de Madagascar à les convertir en infrastructures fonctionnelles, en activités productives et en opportunités durables.

RAKOTOARISOA Andriatahina

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