En politique, il est souvent plus facile de réclamer des responsabilités que de les assumer. Les discours sont parfois très fermes lorsqu’il s’agit de désigner les coupables, beaucoup moins lorsqu’il faut regarder ses propres erreurs en face. Pourtant, il arrive que certains responsables surprennent en faisant ce que l’on attend finalement d’eux et de reconnaître qu’ils ont failli.
Le ministre français de l’Intérieur vient d’en donner une illustration. Après les violences et les pillages qui ont marqué la mobilisation du 17 octobre, il a reconnu des défaillances dans l’anticipation et le déploiement des forces de l’ordre. Face à l’ampleur des dégâts, le ministre a présenté sa démission à son président. « Je suis responsable de tout ce qui se passe », a-t-il expliqué, estimant normal de tirer les conséquences d’une situation ayant entraîné des centaines de commerces pillés, des milliers d’interpellations et de nombreux blessés parmi les forces de l’ordre. Le président a toutefois refusé sa démission, invoquant la nécessité de maintenir un commandement continu dans un contexte tendu.
L’histoire aurait pu s’arrêter là, au détour d’une déclaration politique de plus. Mais elle soulève une question intéressante : combien de responsables sont réellement prêts à reconnaître leurs erreurs sans attendre qu’on leur montre la porte ? Car la responsabilité politique est une notion assez particulière. Elle est volontiers invoquée lorsqu’il s’agit de demander des comptes à un adversaire, mais devient parfois beaucoup plus abstraite lorsqu’elle concerne son propre camp.
Bien sûr, présenter sa démission ne signifie pas automatiquement être irréprochable, pas plus que rester en fonction ne constitue nécessairement un aveu de faiblesse. Mais le geste du ministre a au moins le mérite de poser publiquement la question de sa part de responsabilité, sans faire disparaître pour autant celle des casseurs, des pilleurs ou des autres acteurs impliqués.
Reconnaître une faute n’efface pas les conséquences. Cela peut toutefois ouvrir la voie à des explications et, surtout, à des mesures pour éviter que les mêmes erreurs ne se reproduisent. C’est là que la responsabilité prend tout son sens : elle ne se limite pas à une formule prononcée devant les micros, elle doit se traduire dans les actes.
A Madagascar comme ailleurs, cette leçon mérite réflexion. Les citoyens n’attendent pas nécessairement que chaque difficulté se termine par une démission. Ils souhaitent surtout que leurs dirigeants sachent répondre de leurs décisions, expliquer leurs échecs et corriger le tir sans multiplier les détours.
Rakoto





