L’enquête sur l’affaire du Boeing 777 prend un nouveau tournant. Après que les agents du Federal Bureau of Investigation (FBI) aient clôturé leur enquête avec la collaboration des enquêteurs de la Brigade Criminelle (BC), le dossier a été transmis au Parquet. Selon le procureur général près le Pôle anti-corruption (Pac) d’Antananarivo, Elysée Rasoahanta, 33 personnes sont impliquées dans cette affaire. Vingt-deux d’entre elles ont été présentées hier devant le Pac aux 67 Ha, tandis que 11 autres suspects sont toujours activement recherchés.
«Atteinte à la souveraineté nationale et à la sécurité intérieure, corruption, blanchiment d’argent, abus de pouvoir, fraude et usurpation de responsabilité, telles sont les accusations qui pèsent contre ces individus », a déclaré Elysée Rasoahanta. Le défèrement, qui a débuté dans la soirée, a mis en lumière l’identité des accusés. Parmi eux se trouvent six hauts responsables de l’Agence de l’aviation civile de Madagascar (ACM), ainsi que des collaborateurs ayant participé à la création d’une entreprise avec cinq ressortissants étrangers. Les deux principaux suspects de cette affaire, l’Indien Singh Kushwinder et Rijasoa Andriamananarivo, font partie des personnes présentées devant le parquet du Pac. Au moment où nous mettons sous presse, les résultats du défèrement ne sont pas encore communiqués.
La majorité des suspects a été placée en garde à vue à la Brigade Criminelle à Anosy, puis à l’Ecole Nationale Supérieure de Police (ENSP) à Ivato pendant environ un mois à l’exception de l’ancien ministre des Transports et de la météorologie, Valéry Ramonjavelo et du Directeur général de l’ACM, Gervais Damasy.
A titre de rappel, les cinq aéronefs partis de Lanzhou (Chine), ont été localisés en Iran après un périple via Jakarta (Indonésie) et Siem Reap (Cambodge). Initialement, la société Udaan Aviation avait obtenu de l’ACM un certificat d’immatriculation provisoire pour un transfert vers le Kenya. Cependant, les documents ont été modifiés, prolongeant illégalement leur validité jusqu’au 12 juillet 2025 et permettant ainsi le transfert des avions vers l’Iran. Face à cette fraude, l’ACM, suivie par le ministère des Transports et de la Météorologie (MTM), a porté plainte pour faux et usage de faux. Pour faire toute la lumière sur cette affaire complexe, le gouvernement malgache a sollicité l’assistance de plusieurs organisations internationales, notamment le FBI, Interpol et l’Organisation de l’aviation civile internationale (Oaci).
Un ministre limogé et son cabinet dissous
A la suite de cette affaire, l’ancien ministre des Transports et de la météorologie, Valéry Ramonjavelo, a été démis de ses fonctions le 29 juillet en raison de son implication présumée. Depuis, il fait l’objet d’une Interdiction de sortie de territoire (IST). En tant qu’ancien membre du gouvernement, il devra répondre aux accusations devant la Haute Cour de Justice (HCJ), conformément à la Constitution.
Après le limogeage du ministre Valéry Ramonjavelo, le Premier ministre, Christian Ntsay, a pris la tête du ministère par intérim et a immédiatement procédé à un assainissement complet. Le 11 août, un décret a officialisé l’abrogation de la nomination de l’ensemble du cabinet de l’ex-ministre. Cette décision a entraîné le renvoi d’une vingtaine de proches collaborateurs, incluant le directeur de cabinet, le chef de secrétariat particulier, le chef de protocole, ainsi que les conseillers, inspecteurs et attachés de presse non permanents.
Jean Riana




