Dr Solofoniaina Andriantiaray Razafimahefa : nouvelle approche dans l’agriculture alternative

Le docteur Solofoniaina Andriantiaray Razafimahefa, enseignant-chercheur de la Mention Environnement à l’université du Vakinankaratra, a mené une étude sur l’agriculture alternative au service de l’homme pour un développement durable et respectueux de l’environnement. Une nouvelle approche a été ensuite mise en application dans le Fokontany d’Antsahalalina, commune rurale d’Ambodivoananto, du district de Vatomandry (région Atsinanana). Interview…

*Les Nouvelles : Pourquoi avez-vous décidé de mener cette étude ?

- Dr Solofoniaina Andriantiaray Raza­fimahefa : Cinquième plus grande île du monde, Madagascar est reconnu mondialement pour sa biodiversité exceptionnelle, avec une grande proportion d’espèces endémiques. Cette richesse naturelle est pourtant mal exploitée et ne profite pas à la population, dont plus de 80 % vivent en milieu rural et dont 95% d’entre eux travaillent dans l’agriculture. Ce secteur constitue ainsi un pilier économique majeur pour le pays et pour adapter les techniques agricoles, il est crucial de tenir compte des réalités et des opportunités spécifiques de chaque région de l’île. Cela implique une coordination des acteurs locaux, un soutien à l’offre de services diversifiée pour les producteurs, une prise en compte des défis du changement climatique et de la préservation de la biodiversité unique de Madagascar.

* Comment avez-vous mené cette étude ?

- D’abord d’une manière transversale en réalisant des enquêtes ethnobotaniques pour recenser les potentielles agro-ressources locales. Ensuite, les plantes sélectionnées ont fait l’objet d’études phytochimiques et biologiques afin de vérifier leurs utilisations empiriques et leur éventuelle toxicité. Ces plantes ont été multipliées par différentes techniques, puis préparées en pépinières avant d’être intégrées au système agricole local.
Nous avons également essayé d’optimiser l’utilisation des ressources en eau existantes, telles que l’eau de pluie et les marécages, en construisant des étangs piscicoles ou des réservoirs d’eau. Les produits agricoles et leurs dérivés ont été transformés localement afin d’augmenter leur valeur ajoutée.

* Quels ont été les résultats obtenus ?

- Quatre plantes aromatiques et médicinales ont été sélectionnées et introduites dans le système agricole local, dont la Doratoxylon littorale, l’Homaliumalbiflo­rum, le Neobrochoneuraaccuminata et le Cutrus Voangiala. Les études phytochimiques et biologiques de ces quatre plantes font l’objet de mémoires de licence, de master et de thèses de doctorat préparés par des étudiants de l’Université de Vakinankaratra et de l’Université d’Antananarivo. L’inno­cuité de l’extrait ou de la partie de ces plantes a été vérifiée et les tests biologiques ont confirmé leurs utilisations traditionnelles en tant que plantes médicinales.
Sur le site d’application, six étangs piscicoles ont été aménagés, ce qui nous permet de stocker jusqu’à 150 m3 d’eau et de produire jusqu’à 50 kg de tilapia par an. Et grâce à une collaboration avec une ONG locale et des entreprises privées, les produits agricoles issus de ce projet ont été directement vendus et acheminés vers la capitale.

* Et les impacts du projet localement ?

– Cette nouvelle approche de technique agricole améliore la situation financière des populations étudiées et soutient les économies locales. Elle leur permet de stocker les produits agricoles, garantissant ainsi leur approvisionnement pendant la période de soudure. De plus, cette technique améliore la santé de la communauté locale grâce à l’utilisation de leurs propres plantes médicinales et aromatiques ainsi qu’à la réduction de l’exposition aux produits chimiques en utilisant les déchets d’hydrodistillation comme engrais biologiques.
A noter que l’’application de cette technique réduit considérablement la pratique de l’agriculture sur brûlis dans la région.

* Avez- vous des recommandations suite à ce projet ?

- Tout d’abord, je remercie l’Académie de recherche et de l’enseignement supérieur (Ares) de Belgique, par le biais de son appui institutionnel à l’Université d’Antananarivo, d’avoir financé ce projet sur l’Agriculture alternative au service de l’homme pour un développement durable, intégré et respectueux de l’environnement.
J’encourage les jeunes chercheurs malgaches à chercher davantage de collaborations et de financements pour développer leurs travaux et produire des résultats utiles au développement de notre pays. Il est temps de valoriser, de développer et d’appliquer les résultats de nos travaux de recherche pour notre économie, le bien-être de notre population, mais aussi pour préserver notre biodiversité.

Propos recueillies par Sera R.

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