Tensions sociales: Andry Rajoelina dissout le gouvernement

Face à la montée des tensions sociales provoquées par les pénuries d’électricité et d’eau à Madagascar, le président de la République, Andry Rajoelina, s’est adressé à la Nation hier soir. Dans son discours, il a reconnu la souffrance de la population, pris acte des revendications populaires et annoncé la dissolution du gouvernement en place, tout en lançant un appel fort à l’unité et à la reconstruction.

«J’entends votre colère, je ressens votre souffrance, je suis conscient de l’impact de ces coupures sur votre quotidien», a déclaré le chef de l’Etat, exprimant sa compassion envers les fa­milles des victimes, les blessés et les sinistrés des récentes manifestations.
Dans ce registre, Andry Rajoelina reconnait des lacunes au sein de l’Exécutif, c’est pourquoi, selon lui, il a pris la décision, conformément à l’article 54 de la Consti­tu­tion, de mettre fin aux fonctions du Premier ministre Christian Ntsay et de l’ensemble de son gouvernement.
En attendant la nomination d’une nouvelle équipe, les ministres actuels assureront la gestion des affaires courantes. Trois jours sont accordés pour proposer des noms de successeurs, avec pour objectif la formation rapide d’un gouvernement «intègre, compétent et déterminé à servir exclusivement l’intérêt du peuple».

Main tendue à la jeunesse
Le Président a particulièrement adressé son message à la jeunesse, reconnaissant la légitimité de leur mobilisation. «Votre mouvement est né d’une revendication de droits. Mais certains en ont profité pour semer la violence et la destruction», a-t-il regretté, évoquant les pillages, les incendies et les pertes massives d’emplois dans le secteur privé.
Il a toutefois encouragé les jeunes à s’engager con­crètement dans la reconstruction du pays. Un appel à candidatures a été lancé pour rejoindre le futur gouvernement, avec possibilité de déposer son dossier au Palais d’Etat d’Ambohitso­rohitra ou via des plateformes en ligne, y compris de­puis l’étranger.

Plan de relance
Dans la foulée, le président Rajoelina a annoncé une série de mesures économiques d’urgence, pour soutenir les entreprises victimes de pillages et de vandalismes : accès facilité au crédit à taux zéro, subventions pub­liques, allègements fiscaux et accompagnement ciblé pour les sociétés les plus vulnérables.
Concernant la Jirama, entreprise publique au cœur de la crise, il a reconnu un manque de transparence et un problème de communi­cation interne, concernant notamment les équipements endommagés. Il a promis une réforme en profondeur de la gouvernance de la société, avec un accent mis sur les énergies renouvelab­les, en particulier l’énergie solaire.

Une nouvelle gouvernance
S’engageant à changer sa méthode de gouvernance, le Président a annoncé la tenue d’un dialogue avec les pa­rents spirituels ainsi que la mise en place d’un espace de concertation nationale qui réunira jeunes, étudiants, entrepreneurs, afin de proposer des solutions concrètes pour sortir de la crise.
«La corruption détruit notre pays», a-t-il affirmé, faisant de la lutte contre les prati­ques illicites une priorité de son mandat. Il a aussi assuré que les auteurs de pillages et de destructions seront sanctionnés dans le respect de la loi, tout en excluant toute répression aveugle.

Appel à l’unité et rejet du chaos
Enfin, le Président a lancé un appel à l’unité nationale : «La division n’est pas une solution. Le désordre ne profite à personne. Choisissons l’unité, réparons ensemble ce qui a été détruit, avançons ensemble pour le bien de notre patrie».
Réaffirmant son engagement à respecter la Constitu­tion et à servir sans ambition personnelle de pouvoir ou de gloire, il a conclu en soulignant que «chaque crise est aussi une leçon», et que Mada­gascar doit désormais tourner la page du désordre pour écrire celle du renouveau.

N.A

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