Santé mentale: la dépression gagne du terrain

Selon l’avis d’un psychologue, conseiller technique en santé mentale et soutien psychosocial auprès de l’ONG Humanité & Inclusion (HI), Kiady Ranaivoson, la dépression gagne du terrain actuellement pour plusieurs raisons et devient même prévalente après l’âge de 40 ans. Interview.

* Les Nouvelles : D’après vous, comment se présente la dépression actuellement ?
– Kiady Ranaivoson : Tout d’abord, il est à souligner que la dépression fait partie des troubles de la santé mentale. Selon l’OMS, elle fait partie des troubles les plus observés auprès de la population mondiale cette année et se place en deuxième position après l’anxiété. On constate également que les individus présentent plus d’anxiété avant l’âge de 40 ans, mais une fois cet âge passé, la dépression devient prévalente. Dans sa forme la plus grave, elle devient « la dépression majeure » et nécessite une prise en charge par des spécialistes accompagnée d’un traitement médicamenteux.

* S’il en est ainsi, quelles en sont les sources de ce trouble mental ?
– Si l’on essaie de penser aux sources de la dépression, elles peuvent être nombreuses et variées selon les individus, étant donné que chaque personne interprète un événement et le vit d’une manière qui lui est propre. Un échec, la perte d’un proche, la perte d’un emploi ou un choc dans la vie peuvent donc être à son origine, mais on ne peut établir un lien de causalité directe. On peut ajouter à cela des facteurs de risque qui peuvent aggraver la situation, tels que la prise de substances psychoactives, un vécu conduisant à un état émotionnel compliqué et surtout l’isolement social.
La part de la génétique n’est pas directement liée à l’apparition de la dépression, mais la conjugaison des trois facteurs dont l’événement, le facteur de risque et la prédisposition, peut accroître les chances d’apparition d’une dépression majeure.

* Face à ce contexte, quelles sont donc les dispositions à prendre ?
– Si vous ressentez une lourdeur émotionnelle, confiez-vous à la personne qui est proche de vous et en qui vous avez le plus confiance. Si vous êtes cette personne de confiance, prêtez votre oreille et ne jugez pas. Si la personne vous annonce qu’elle veut se suicider, ne prenez pas cela à la légère et contactez les services de soins les plus proches.
Sur un autre plan, à travers le projet « Hifali », mis en œuvre par HI et financé par l’AFD, nous essayons de réduire au maximum l’apparition de la dépression majeure, car le nombre de spécialistes prenant en charge reste encore limité et assez coûteux.
* Dans la foulée, que pensez-vous des programmes sur le « développement personnel » ?
– En ce moment, des programmes de « développement personnel » sont en vogue sur les réseaux sociaux. Ils prônent que les individus sont maîtres de leur destin et qu’avec des efforts de leur part, ils pourront changer leur vie. En soi, cette pratique peut paraître inoffensive, mais à bien y regarder, elle peut induire un sentiment d’impuissance acquise et, sur le long terme, mener à la dépression.
En effet, la plupart de ces programmes font tout reposer sur les épaules de l’individu sans prendre en compte les autres paramètres sociaux, économiques et même la chance. Si bien que si la personne, en faisant beaucoup de travail sur elle-même, n’arrive pas encore à atteindre l’objectif, elle risquerait de se dire que c’est elle qui n’a pas de valeur, que c’est elle le problème. On doit mettre en place des approches touchant à la fois l’individu et le système dans lequel il évolue pour éviter cela : une approche à deux niveaux qui remet également en cause les facteurs externes à l’individu.

Propos recueillis par Sera R.

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