On entend souvent parler de l’AGOA sans toujours en mesurer la portée réelle. Pourtant, ce dispositif commercial américain a profondément marqué l’économie de plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, dont Madagascar. Derrière cet acronyme se cache un mécanisme qui a permis à des milliers d’entreprises africaines d’accéder au marché américain, de créer des emplois et de soutenir des secteurs entiers comme le textile ou l’agro-industrie. À l’heure où la Chambre des Représentants des États-Unis a décidé une prolongation et dans l’attente du vote du Sénat américain, il devient essentiel de comprendre ce qu’est réellement l’AGOA, comment il fonctionne et pourquoi son maintien constitue un enjeu stratégique pour le secteur privé malgache.
L’AGOA c’est quoi ?
L’African Growth and Opportunity Act (AGOA), est un programme de préférences commerciales qui permet aux pays d’Afrique subsaharienne éligibles d’exporter un grand nombre de produits vers les États-Unis sans droits de douane. Il couvre des milliers de produits allant du textile et de l’habillement à certains produits agricoles, en passant par des composants automobiles. L’objectif est de favoriser l’industrialisation, l’emploi et le développement économique par le commerce, tout en encourageant des réformes internes (gouvernance, respect des droits humains, économie de marché).
Qui en bénéficie ?
L’AGOA visait surtout les pays d’Afrique subsaharienne répondant à des critères d’éligibilité (gouvernance, état de droit, etc.). Plus de 30 pays en ont profité depuis 2000, créant des centaines de milliers d’emplois dans des secteurs comme le textile et l’habillement.
Impact économique
Avant 2025, l’AGOA a joué un rôle important dans l’augmentation des exportations africaines vers les États-Unis et dans la création d’emplois, notamment dans le textile et l’habillement. L’accord a officiellement expiré le 30 septembre 2025 faute de renouvellement par le Congrès américain, ce qui signifie que les exportations des pays bénéficiaires, dont Madagascar, ne sont plus exemptées de droits de douane sur le marché américain. Pour Madagascar, cela entraîne l’application de tarifs d’environ 15% sur les exportations vers les États-Unis, ce qui risque de peser sur la compétitivité des produits, notamment dans le textile, et de menacer des emplois dépendants de ce marché.
Quelles sont les implications de la reconduction de l’AGOA ?
La Chambre des représentants américaine a adopté, dans la soirée du lundi 12 janvier, un projet de loi visant à proroger le programme AGOA jusqu’au 31 décembre 2028, ce qui marque une étape importante dans le processus de renouvellement de cette loi commerciale. Le texte, baptisé “AGOA Extension Act”, a été approuvé par 340 voix favorables sur 394 votants dans cette chambre basse du Congrès américain, avant d’être transmis au sénat pour examen. Un vote favorable de la chambre haute devrait permettre de rétablir l’accès en franchise de droits pour un large éventail de produits issus des pays éligibles d’Afrique subsaharienne.
La représentation de Madagascar aux États-Unis, notamment via l’Ambassade et le Groupement des entreprises franches et partenaires (GEFP), indique poursuivre les efforts diplomatiques et de lobbying pour garantir une adoption finale du texte et éviter une interruption des avantages commerciaux. Si ce projet de loi est définitivement voté, plus de 100 000 emplois directs et indirects à Madagascar pourraient être préservés, et le pays pourrait sauver environ 700 millions de dollars de chiffre d’affaires en devises générés par les exportations vers les États-Unis grâce à l’accès préférentiel au marché américain.
Nambinina Jaozara




