Refonder l’économie malgache : le modèle qui peut faire la différence

Relancer l’économie malgache ne se résume pas à retrouver les niveaux d’activité d’avant-crise. Il s’agit surtout de poser les bases d’un modèle économique capable de résister aux chocs politiques, sociaux et extérieurs, tout en améliorant concrètement les conditions de vie de la population. Dans ce contexte, la question du système économique le plus adapté à Madagascar devient centrale.

Ni l’ultralibéralisme pur, ni l’économie totalement administrée ne semblent répondre aux réalités du pays. L’enjeu est plutôt de construire un modèle hybride, pragmatique et inclusif, adapté aux contraintes locales et aux opportunités nationales.
Une économie marquée par de fortes vulnérabilités structurelles
Madagascar demeure une économie fortement dépendante de l’agriculture, de l’informel et des importations. Cette configuration limite la capacité de l’État à mobiliser des ressources fiscales suffisantes et fragilise la stabilité macroéconomique. Les chocs politiques viennent amplifier ces faiblesses, entraînant un ralentissement de l’investissement et une perte de confiance généralisée.

Dans ce contexte, un système économique efficace doit d’abord répondre à un impératif : réduire la vulnérabilité structurelle du pays en renforçant la production locale, la transformation des ressources et l’intégration des acteurs informels dans l’économie formelle.

L’économie de marché encadrée comme socle réaliste
Pour Madagascar, une économie de marché encadrée par l’État apparaît comme l’option la plus réaliste. Le secteur privé doit rester le moteur de la création de richesse, mais l’intervention publique demeure indispensable pour corriger les déséquilibres, orienter les investissements et protéger les secteurs stratégiques.

Ce modèle repose sur une régulation intelligente, visant à garantir la concurrence, à limiter les rentes et à sécuriser les investissements. L’État n’est pas un acteur dominant, mais un arbitre et un facilitateur, capable de fixer des règles claires et stables.

Un État stratège plutôt qu’un État producteur
La relance économique nécessite un État stratège, capable de définir des priorités claires et de coordonner les efforts. Plutôt que de gérer directement les activités économiques, l’État doit se concentrer sur des fonctions clés : planification, régulation, investissement dans les infrastructures et accompagnement des secteurs porteurs.

Ce rôle stratégique est particulièrement important dans des domaines comme l’énergie, l’eau, les transports et l’agriculture, qui conditionnent le fonctionnement de l’ensemble de l’économie. Sans ces bases, aucune relance durable n’est possible.

L’agriculture et l’agro-industrie comme piliers du modèle
Un système économique adapté à Madagascar ne peut ignorer le rôle central de l’agriculture. La modernisation du secteur agricole, combinée au développement de l’agro-industrie, constitue un levier puissant de croissance inclusive.
Encourager la transformation locale permettrait d’augmenter la valeur ajoutée, de créer des emplois et de stabiliser les revenus ruraux. Ce choix réduit également la dépendance aux importations alimentaires et renforce la sécurité économique nationale.

Une économie sociale et solidaire pour inclure les plus vulnérables
La relance ne saurait être durable si elle laisse de côté une large partie de la population. L’intégration des principes de l’économie sociale et solidaire est donc essentielle. Coopératives, mutuelles, associations productives et micro-entreprises jouent un rôle crucial dans l’inclusion économique et sociale.

Ce pan de l’économie peut servir de passerelle entre l’informel et le formel, tout en favorisant la création de revenus et la cohésion sociale. Il complète utilement l’économie de marché classique.

Une ouverture maîtrisée sur l’extérieur
Madagascar ne peut se développer en vase clos. Toutefois, l’ouverture économique doit être maîtrisée. Un système économique adapté repose sur une intégration régionale et internationale sélective, orientée vers les partenariats productifs plutôt que vers une dépendance excessive aux importations.

La diversification des exportations, la montée en gamme des produits locaux et l’attraction d’investissements responsables sont des axes stratégiques majeurs pour renforcer la balance extérieure et stabiliser l’économie.

Une gouvernance économique comme condition de réussite
Quel que soit le système choisi, sa réussite dépend avant tout de la qualité de la gouvernance. Transparence, prévisibilité des règles, lutte contre les inefficiences et gestion rigoureuse des ressources publiques sont des conditions indispensables.

Sans amélioration de la gouvernance économique, même le meilleur modèle théorique restera inefficace. La crédibilité des institutions économiques est donc au cœur de la relance.
Finalement, le système économique le plus adapté à la relance de Madagascar n’est ni dogmatique ni idéologique. Il s’agit d’un modèle mixte, combinant économie de marché encadrée, intervention stratégique de l’État, inclusion sociale et ouverture maîtrisée.

Ce choix pragmatique, fondé sur les réalités nationales, peut permettre au pays de transformer la période post-crise en opportunité de reconstruction économique durable. La relance ne dépendra pas d’un modèle importé, mais de la capacité collective à bâtir un système économique cohérent, équitable et résilient, au service du développement national.

Andriatahina RAKOTOARISOA

Partager sur: