Une information est passée presque inaperçue chez nous. Dans un entretien diffusé à la télévision nationale, le capitaine Ibrahim Traoré, qui dirige actuellement le Burkina Faso, a appelé les Burkinabés à oublier la question de la démocratie. Selon ses propos, « la démocratie, ce n’est pas pour nous ». Une phrase brève, directe, sans détour, qui a le mérite de ne laisser place à aucune ambiguïté.
Il ne s’agit pas ici d’idéaliser ce qui se passe là-bas. Les réalités de ce pays sont complexes et elles ne se résument pas toujours à ce que nous percevons à travers les médias internationaux. Mais il faut reconnaître que cette sortie a au moins une vertu, celle de mettre les points sur les « i ». Elle oblige chacun à se positionner, sans faux-semblants.
Pour nous autres, nous avons parfois une certaine aisance avec le flou. On parle de transition pour certains, de régime intérimaire pour d’autres, sans toujours savoir où l’on se situe réellement. Même dans nos textes fondamentaux, comme la Constitution, les interprétations divergent. Certains parlent de régime semi-présidentiel, d’autres de système semi-parlementaire. Au final, on finit par constater que nous ne sommes ni totalement dans l’un, ni totalement dans l’autre.
Aussi étrange que cela puisse paraître, certains trouvent du confort dans ce flou. Mais pendant ce temps, le monde avance, les modèles politiques évoluent, et les sociétés se redéfinissent ailleurs.
La déclaration du capitaine Traoré, au-delà de sa radicalité, a donc une portée symbolique. Elle rappelle que dans certains contextes, les mots ne sont pas simplement des formules politiques mais des marqueurs de rupture. Elle force aussi une réflexion plus large sur la démocratie si c’est vraiment l’idéal pour tout le monde, car franchement, nous n’allons pas dire que nous avons bien avancé depuis. Il suffit de jeter un regard critique sur la gestion de la capitale pour le comprendre. Car, pour la majorité, démocratie rime souvent avec anarchie.
Rakoto




