Capital humain: Quand l’économie peine à absorber sa jeunesse

400 000, c’est le nombre estimé de jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail à Madagascar. Pourtant, le système économique actuel peine à absorber cet afflux de nouveaux demandeurs d’emploi. Quelles solutions pour résoudre la statistique du chômage dans le pays ? Des intervenants lors du CEO Summit 2026 se sont exprimés sur ce sujet. Découvrez leurs points de vue.

Entre 400 000 et 700 000 jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail à Madagascar. Pourtant, seuls 20 % disposent de qualifications reconnues, tandis que la majorité présente des expériences jugées insuffisantes au regard des besoins réels des entreprises. Cependant, la problématique de l’emploi ne se limite pas à Madagascar : elle concerne l’ensemble du continent africain. D’ici 2050, près de 450 millions de jeunes entreront sur le marché du travail en Afrique. Or, compte tenu du rythme actuel de croissance économique des pays africains, y compris Madagascar, seulement 220 millions d’emplois devraient être créés à cet horizon, souligne Mialy Ranaivoson, directrice d’investissement chez Investisseurs & Partenaires. Le constat est sans appel : l’emploi des jeunes figure parmi les plus grands défis du continent africain, y compris Madagascar.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation. Parmi eux figure notamment le manque de formation professionnelle. “Si les universités enseignent plusieurs matières en pensant répondre aux besoins du secteur privé, entre le moment où les étudiants se forment et celui où ils intègrent les entreprises, les besoins de ces dernières ont déjà évolué”, réagit un directeur d’une université privée. Face à cette situation, Pierre Raoelina, directeur général du Fonds Malgache de formation professionnelle (FMFP) préconise un renforcement des formations professionnelles. “Au regard des urgences à Madagascar, il est essentiel de développer des formations industrialisantes, afin de former des jeunes qualifiés et productifs”, affirme-t-il. Selon lui, il ne peut y avoir de souveraineté économique sans une industrialisation durable. Ces formations professionnelles permettraient ainsi une intégration plus rapide sur le marché du travail. “Un jeune issu d’une formation professionnalisante trouve un emploi deux fois plus vite qu’un diplômé d’une formation générale”, souligne-t-il.

Parmi les facteurs expliquant la problématique de l’emploi figure également la situation des PME. Selon Mialy Ranaivoson, 80% des entreprises structurées en Afrique, sont des PME. A Madagascar, elles représentent environ 70% des entreprises. Le tissu économique du secteur privé repose donc essentiellement sur les PME. “Lorsqu’on demande aux entrepreneurs à la tête de ces PME quel est leur principal frein au développement, la première réponse évoquée est l’accès au financement”, précise-t-elle. Autrement dit, près de 80% du secteur privé africain — principal pourvoyeur d’emplois — fait face à des difficultés d’accès au financement, limitant sa capacité de croissance et de création d’emplois.

Pour remédier au problème d’accès au financement des PME, Aivo Andrianarivelo, gouverneur de la Banky Foiben’i Madagasikara (BFM), plaide pour une incitation renforcée à la formalisation des entreprises. Sans formalisation, celles-ci restent invisibles aux yeux de l’État et livrées à elles-mêmes. Pourtant, pour de nombreux entrepreneurs, la formalisation est souvent perçue comme synonyme de paiement d’impôts, ce qui constitue un frein important. Le gouverneur de la BFM appelle ainsi à une communication plus approfondie afin d’encourager les entreprises à franchir le pas. “Ce qui manque dans la communication, c’est de montrer que se formaliser, c’est aussi accéder à de nouveaux marchés, bénéficier d’un accompagnement, ainsi que de formations et de renforcement des capacités en gestion d’entreprise. Cet aspect est souvent négligé”, souligne-t-il. Selon lui, mieux informer les entrepreneurs sur les opportunités qu’offre la formalisation pourrait contribuer à lever les réticences et encourager davantage d’entreprises à franchir le pas.

Nambinina Jaozara

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