Jeunesse et emploi : un modèle économique à repenser

À Madagascar, la jeunesse est aujourd’hui au cœur du débat public. Les concertations nationales menées par les jeunes à travers le pays traduisent une réalité devenue impossible à ignorer : la question de l’emploi n’est plus seulement sociale, elle est profondément économique et structurelle. Derrière les échanges, les propositions et les frustrations exprimées, se dessine un enjeu majeur pour l’avenir du pays : comment transformer une jeunesse nombreuse en véritable moteur de croissance ? Car la jeunesse malgache, loin d’être un simple groupe démographique, constitue une force potentielle considérable. Mais faute d’opportunités suffisantes, cette force reste largement sous-exploitée.

Au-delà du problème de l’inadéquation formations-emplois, la question centrale reste celle de la structure économique. Madagascar repose encore largement sur des secteurs à faible productivité : agriculture de subsistance, petit commerce, activités informelles. Ces secteurs absorbent la main-d’œuvre, mais génèrent peu de valeur ajoutée. Les secteurs capables de créer des emplois massifs et productifs sont les industries, mais la transformation, services modernes restent encore insuffisamment développés. Sans transformation structurelle de l’économie, la création d’emplois restera limitée, quel que soit le niveau de formation des jeunes. Cette inadéquation formations-emplois est souvent à l’origine de la rareté des emplois salariés, car les jeunes qui accèdent au marché de l’emploi ne sont pas toujours qualifiés.

C’est dans ce cadre effectivement, que l’entrepreneuriat est souvent présenté comme une solution. A défaut de trouver un travail, les jeunes doivent être incités à créer de l’emploi. De nombreux jeunes se lancent dans des initiatives économiques : petites entreprises, startups, projets innovants. Cependant, cette dynamique est encourageante, mais elle se heurte à plusieurs obstacles comme l’accès difficile au financement, environnement administratif complexe et la manque d’accompagnement structuré. Dans ces conditions, beaucoup d’initiatives restent à petite échelle ou disparaissent rapidement. L’entrepreneuriat ne peut être une solution durable que s’il s’inscrit dans un écosystème favorable.

Tenir en compte la voix des jeunes durant les concertations
Malgré ces défis, la jeunesse représente une opportunité historique. Dans plusieurs pays, une population jeune a permis de stimuler la croissance économique à condition de créer les conditions nécessaires : éducation adaptée, emplois productifs, environnement économique dynamique. Ce phénomène, souvent appelé “dividende démographique”, n’est pas automatique. Il dépend des politiques publiques mises en œuvre. À Madagascar, la question est donc claire : la jeunesse sera-t-elle un levier de croissance ou une source de tension sociale ?

Les concertations nationales des jeunes révèlent des attentes fortes, mais aussi une certaine lucidité. Parmi les revendications récurrentes : davantage d’opportunités d’emploi, un accès facilité au financement, une meilleure qualité de formation ainsi qu’une prise en compte réelle de la voix des jeunes dans les politiques publiques. Ces demandes traduisent un besoin de reconnaissance, mais aussi une volonté de participer activement au développement du pays.

Quelles réponses économiques ?
Face à l’ampleur du défi, les réponses économiques ne peuvent être fragmentées. Elles doivent s’inscrire dans une stratégie cohérente, articulée autour de plusieurs leviers complémentaires. D’abord, le développement de secteurs à fort potentiel d’emploi tels que l’agriculture modernisée, l’agro-industrie, le textile, le tourisme ou encore les services numériques apparaît comme une priorité pour absorber une main-d’œuvre jeune en forte croissance.

Ensuite, une réforme en profondeur du système de formation s’impose, afin d’adapter les compétences aux besoins réels du marché, en renforçant notamment l’enseignement technique et les partenariats avec le secteur privé. Parallèlement, le soutien à l’entrepreneuriat doit être renforcé, à travers un meilleur accès au financement, une simplification des procédures administratives et la mise en place de dispositifs d’accompagnement efficaces. Enfin, l’encouragement de l’investissement, qu’il soit national ou étranger, reste indispensable pour stimuler durablement la création d’emplois et soutenir la transformation économique du pays.

Une question de modèle économique
Au fond, la question de l’emploi des jeunes renvoie à un enjeu plus large : celui du modèle économique de Madagascar. Tant que l’économie restera dominée par des activités à faible valeur ajoutée, elle ne pourra pas absorber efficacement la main-d’œuvre jeune. La transformation économique, industrialisation, modernisation agricole, développement des services devient donc une condition indispensable.

La jeunesse malgache ne manque ni d’énergie, ni d’idées, ni de volonté. Les concertations nationales en témoignent : les jeunes ne se contentent plus d’attendre, ils veulent participer, proposer, construire. Mais cette dynamique doit trouver un écho dans les politiques publiques. Car au-delà des discours, l’enjeu est concret : créer des emplois, améliorer les conditions de travail, offrir des perspectives.

À Madagascar, l’avenir économique dépendra en grande partie de la capacité à intégrer cette jeunesse dans un projet de développement cohérent. Car une jeunesse sans emploi est un risque. Mais une jeunesse bien intégrée est une richesse. Et c’est précisément entre ces deux réalités que se joue aujourd’hui l’avenir du pays.

Andriatahina RAKOTOARISOA

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