Faux diplômes, vraie gangrène

Il aura fallu un énième scandale pour rappeler une vérité que tout le monde connaît, mais que peu osent exprimer, le fait que l’usage des faux diplômes gangrène l’administration malgache depuis des années. L’affaire qui vient de secouer récemment l’Agence portuaire maritime et fluviale, mise à nu par le Pôle anti-corruption, n’est ni une surprise, ni une anomalie. Il est le symptôme d’un système affaibli de l’intérieur, devenu presque une norme silencieuse.
Treize personnes sont mises en cause, dont des agents publics, des cadres ministériels et un ancien dirigeant d’établissement. Abus de fonction, corruption, falsification de diplômes… la liste est longue, mais elle n’a rien de nouveau. Ce qui l’est davantage, en revanche, c’est la fermeté affichée par la justice, avec leurs placements en détention provisoire qui traduisent une volonté de rompre, enfin, avec une culture de l’impunité.
Car c’est bien là le cœur du problème. Pendant trop longtemps, les faux diplômes ont circulé dans les circuits administratifs tout en permettant à certains d’accéder à des postes de responsabilités. Ce phénomène n’est pas né d’hier. Il s’inscrit dans une longue dérive où les contrôles ont été défaillants car les complices sont nombreux et les sanctions rares, voire inexistantes.
À chaque scandale, c’est l’indignation générale. A chaque révélation, les promesses d’assainissement en profondeur se font entendre. Puis le temps passe, les dossiers s’enlisent, et les pratiques reprennent, souvent à peine dissimulées. Il serait naïf de croire que l’affaire de l’APMF sera la dernière. D’autres cas émergeront dans d’autres secteurs de l’administration car le problème est systémique.
Mais faut-il pour autant céder au fatalisme ? Non. Car si cette affaire suscite aujourd’hui un écho particulier, c’est précisément parce qu’elle marque une évolution. L’intervention du Pac, les poursuites engagées, les détentions prononcées envoient un signal clair : l’impunité n’est plus une fatalité. Encore faut-il que cette dynamique ne s’essouffle pas.

Rakoto

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