Ce sera le comble !

S’il y a un mot qui est devenu à la mode ces dernières années, en particulier dans nos relations avec les partenaires techniques et financiers internationaux, c’est le mot «résilience». Aujourd’hui, il existe des aides dont l’objectif est de renforcer la résilience des pays, principalement en développement.
Par définition, « la résilience est la capacité d’une personne à surmonter les difficultés, à rebondir face aux épreuves et à se réadapter malgré les traumatismes ou les situations stressantes ». Et par extension, la résilience peut s’appliquer à une population, un peuple, … voire un pays.
Dans le cas de Madagascar, la résilience est une capacité nécessaire à tous les niveaux compte tenu de la situation qui prévaut sur place depuis des décennies. Cette situation n’est pas seulement le fruit des catastrophes naturelles (cyclones, inondations, sécheresse …).
Elle est aussi imputable à la mauvaise gestion du pays (corruption, détournements de fonds …) depuis l’indépendance. Et c’est la population qui en subit les conséquences. C’est pourquoi, pas moins de 80% de la population malgache vit sous le seuil de pauvreté.
C’est dans ce contexte général plutôt lugubre qu’on demande à la population d’être résiliente. Mais on se demande si s’adapter à la situation, apprendre aux gens à se serrer la ceinture est vraiment la solution. Certes, il faut être résilient pour pouvoir survivre.
Autrement dit, la population est condamnée à se satisfaire du peu qu’elle a en attendant les jours meilleurs. A savoir encore si cela arrivera. Dans ces conditions, la résilience est synonyme de survie aussi pénible soit-elle. C’est une obligation sous peine de disparaitre. C’est pourquoi on peut affirmer que la résilience n’est pas la solution.
La vraie solution est de lutter contre le mal à la racine. Et si les partenaires techniques et financiers internationaux apportent leurs aides ne serait-ce que pour renforcer la résilience, c’est déjà çà de gagné. Mais tout compte fait, cela s’est toujours avéré insuffisant.
La vraie et seule solution se trouve entre les mains de l’Etat. A lui de faire preuve de savoir-faire pour sortir le pays de la situation où il se trouve aujourd’hui. Il ne faut pas compter sur les autres pour changer la situation radicalement. Et le pays a tous les atouts pour se développer.
Ce ne sont pas les aides extérieures qui le feront. D’ailleurs, un de nos anciens président de la République avait déjà affirmé que ce dont nous avons besoin, ce sont des aides qui aident à nous passer des aides. Ce n’est pas qu’on n’en a pas besoin, mais elles sont insuffisantes.
Ce qui est à craindre est, qu’à force d’attendre que les choses s’améliorent, même avec toute la résilience qu’on peut avoir, on finit par sombrer dans la résignation. Et on espère bien que dans l’avenir, les bailleurs de fonds ne seront pas amenés à créer un «fonds pour la résignation». Parce que là, ce sera le comble !

Ranaivo Lala Honoré

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