A quoi servent concrètement les groupements du secteur privé ? Pourquoi le pays peine-t-il encore à se développer malgré l’existence de nombreux groupements patronaux ? Quel est véritablement leur rôle dans l’économie nationale ? Lilia Randriamifidimanana, présidente du du Jeune patronat de Madagascar (JPM), un groupement qui fédère entrepreneurs et cadres décisionnaires des grandes entreprises, a répondu à ces questions lors du CEO Summit organisé en avril dernier. À l’attention de ceux qui s’interrogent sur le rôle des groupements ou envisagent d’en rejoindre un, Les Nouvelles revient sur ces explications.
Pourquoi le pays peine-t-il encore à se développer malgré l’existence de nombreux groupements patronaux ?
Lilia Randriamifidimanana
Présidente – Jeune Patronat de Madagascar
Je pense qu’il faut déjà remettre les responsabilités de chacun entre les mains de ceux à qui elles reviennent. La responsabilité des groupements n’est pas forcément de faire en sorte que le pays, au sens large, sur tous les enjeux, qu’ils soient politiques, sociaux ou économiques, aboutisse à tous ses objectifs. Les groupements patronaux sont là pour défendre les intérêts économiques de leurs membres. Aujourd’hui, les groupements existent parce qu’il y a des membres qui ont des intérêts à défendre, et cela dépend de qui sont les membres qui les composent. Si vous n’êtes pas membre d’un groupement, qui va défendre vos intérêts ? Il faut les rejoindre, prendre la parole et, à travers ces groupements, pouvoir avoir accès aux entités administratives ou étatiques qui pourront écouter votre voix.
Maintenant, au-delà de ça, les groupements économiques proposent, sont consultés, sont écoutés, mais ne disposent pas. Ce ne sont pas eux qui décident. Il y a un gouvernement en place qui a le mandat de décider de la politique économique du pays. Je pense qu’il y a des membres, notamment d’anciens ministres, qui savent à quel point ce combat est un combat de longue haleine. Nous défendons des intérêts qui ne sont pas forcément des intérêts politiques et qui ne vont pas toujours dans le sens des politiques mises en place. Ce qui fait que ce que nous proposons n’est pas forcément ce qui sera fait.
Quel est véritablement la contribution des groupements patronaux dans l’économie nationale ?
Lilia Randriamifidimanana
Présidente – Jeune Patronat de Madagascar
Je suis présidente du JPM depuis trois ans, pas vingt ans. Le JPM a déjà fait pas mal de choses. On a créé une institution financière qui s’appelle SOLIDIS, qui a déjà pu soutenir plusieurs milliers d’entrepreneurs. Je pense que c’est un vrai changement, c’est un projet concret que le JPM a mis en place. Le JPM a aussi contribué à la création de la Chambre de commerce et d’industrie France-Madagascar (CCFM). Il y a beaucoup de choses qui sont faites, mais on ne peut pas dire que nous sommes les seuls responsables. On fait partie de ceux qui œuvrent pour que les entrepreneurs s’en sortent, mais on ne peut pas le faire seuls. Il faut que tout le monde nous rejoigne.
Il y a une initiative que nous sommes en train de préparer pour le mois de juillet : un forum de l’emploi destiné à recruter des personnes de la diaspora pour rejoindre des entreprises malgaches. Il y a une philosophie qui est peut-être à l’inverse de ce qu’on entend habituellement. Il ne faut pas être dans une posture où l’on demande à la diaspora de venir nous aider. Il faut partir de nos besoins. De quoi est-ce que le secteur privé a besoin ? Et est-ce que ces besoins peuvent être couverts par la diaspora ? Aujourd’hui, le secteur privé fait face à un déficit de compétences entre celles disponibles localement et celles recherchées pour permettre aux entreprises d’évoluer. Parfois, les entreprises sont contraintes de faire appel à des expatriés, alors qu’il y a peut-être des Malgaches qui souhaitent rentrer au pays et qui pourraient rejoindre ces entreprises.
Je pense que c’est aussi un changement de paradigme à adopter. Il ne faut pas partir du principe que quelqu’un a des moyens et chercher à récupérer 10% ou 20% de ce qu’il possède ou de ce qu’il gagne. Il faut d’abord se demander : de quoi avons-nous besoin ? Est-ce que la personne en face est capable d’y répondre ? En a-t-elle les moyens ? A-t-elle envie de le faire avec nous ? Ou faut-il absolument essayer de la convaincre à travers des panels, des forums et d’autres initiatives ? Je pense qu’il faut simplement dire aux autres Malgaches : “Voilà la situation à Madagascar. Voilà ce dont nous avons besoin. Êtes-vous capables d’y répondre ?”
Propos recueillis par
Nambinina Jaozara




