Ce début du mois d’août marque en général le coup d’envoi de l’exhumation, connue sous le nom de « Famadihana » ou retournement des morts. « Bien que nous soyons en pleine période de lune descendante, ces derniers jours sont propices à la pratique du retournement des morts », a fait savoir Dadanaivo, un « mpanandro » (astrologue) du côté d’Alakamisy Fenoarivo. On a ainsi assisté, ce week-end, à la pratique de ce rite funéraire, notamment sur les Hautes Terres.
Contrairement aux obsèques qui sont empreintes de tristesse, le « Famadihana » transforme le deuil en une célébration festive rythmée par la musique et la danse durant trois jours. Selon les familles, cette cérémonie a lieu tous les 3, 5 ou 7 ans. Elle consiste à sortir périodiquement les défunts du tombeau familial pour changer leurs linceuls ou « Lamba mena » autour d’une grande fête.
C’est un moment de retrouvailles pour renforcer l’unité familiale et à régler les conflits ou rancœurs entre proches dans un esprit de solidarité. Durant cette fête, on sert aux invités du « vary be menaka », un repas constitué d’un plat de riz accompagné de viande de zébu de fosse ou de porc bien gras, ainsi que des boissons hygiéniques et alcoolisées qui coulent à flots.
Un placement sûr
Le « Famadihana » est considéré comme un rituel de placement sûr, en particulier en milieu rural dans certaines régions des Hautes terres.
En effet, comme sa réalisation engage des dépenses considérables, les invités y prennent part en donnant leur quote-part dénommée « Kao-drazana ». Et c’est à ce moment là qu’entre en jeu le principe du « atero k’alao », littéralement donner et reprendre. Lorsqu’arrive le tour de l’exhumation de la famille invitée, il lui faut rendre la quote-part à laquelle elle avait contribué auparavant, mais toujours avec une plus-value. Dans la plupart des cas, ce montant supplémentaire est d’au moins 10 à 20 %. Par exemple, si une famille invitée avait donné 100.000 ariary de quote-part, elle les reprendra à 120.000 ariary lorsque son tour d’exhumation viendra. Dans certaines régions, cette hausse atteindra même 50 %.
Par conséquent, le « Famadihana » devient une sorte de placement pour la famille invitée. Le fait de ne pas s’acquitter de cet « atero k’alao », met la famille défaillante au ban de la société s’il lui arrive quoi que ce soit. Elle sera de ce fait bannie à jamais par la famille et ses concitoyens.
Sera R.




