À Fasan’ny Karana, le problème n’est désormais plus vraiment de savoir où les taxis-brousse doivent stationner. La décision a été prise : direction Amoronakona. Le ministère des Transports l’a annoncé, les dispositions ont été préparées, les navettes sont là. Il reste seulement un petit détail, c’est de faire respecter la décision.
Et c’est précisément là que les choses se compliquent.
Depuis l’annonce du transfert, certains chauffeurs continuent leurs activités à Fasan’ ny Karana comme si de rien n’était. Le délai accordé n’a visiblement pas suffi. Quinze jours pour changer les habitudes de milliers de voyageurs et de professionnels, c’était peut-être ambitieux.
Il faut évidemment entendre les inquiétudes de ceux qui vivent du stationnement. Des commerçants, gardiens, conducteurs et autres travailleurs ont construit leur quotidien autour de ce lieu. Leur demander de partir, c’est aussi leur demander de réorganiser leur activité. Cela mérite de l’accompagnement et, surtout, des réponses concrètes.
Mais cette réalité ne doit pas servir de prétexte à une autre réalité, c’est celle d’un stationnement qui continuerait à fonctionner en dehors du cadre fixé par les autorités.
Car si chaque changement doit être négocié indéfiniment avec ceux qui refusent de l’appliquer, il ne reste bientôt plus grand-chose de l’autorité publique. Aujourd’hui, c’est Fasan’ny Karana. Demain, ce sera peut-être un marché, une voie réservée, une interdiction de stationner ou n’importe quelle autre mesure destinée à organiser la circulation.
On connaît la formule de “Samy manao izay tiany”, c’est chacun fait ce qu’il veut. C’est précisément ce que l’État ne peut pas laisser s’installer.
Le rôle du ministère n’est donc pas nécessairement d’affronter les chauffeurs, encore moins de les traiter comme des adversaires. Il est de faire respecter une décision, avec les mêmes règles pour tous. Ceux qui acceptent de rejoindre Amoronakona doivent pouvoir travailler normalement. Ceux qui refusent doivent assumer les conséquences prévues par les textes. Aussi simple que ça.
Autrement dit, il faut accompagner ceux qui ont besoin de l’être, mais aussi acculer les récalcitrants par l’application effective des règles. Car une décision publique ne devient une politique que lorsqu’elle est effectivement appliquée.
Et dans une capitale où chacun semble parfois avoir son propre code de la route, son propre stationnement et, accessoirement, sa propre interprétation des décisions administratives, rappeler ce principe n’a finalement rien de révolutionnaire.
À chacun son arrêt. À chacun ses droits. Mais aussi à chacun ses obligations.
Rakoto




