Diplomatie malgache: suspendu sur le continent, présent sur la scène mondiale

Paris, Bruxelles, Pékin et New York. Le mois de septembre aura rarement concentré une telle succession de rendez-vous diplomatiques majeurs pour Madagascar. Alors que le pays reste confronté aux conséquences régionales de la transition qui a débuté fin 2025, le pouvoir de la Refondation multiplie les ouvertures internationales dans un monde devenu de plus en plus multipolaire.

D’un côté, Madagascar reste confronté à une normalisation institutionnelle inachevée sur le continent africain. De l’autre, Antananarivo dialogue avec plusieurs des principaux centres de pouvoir mondiaux. Le contraste a rarement été aussi visible qu’en ce mois de septembre.
La série a débuté en Europe le 8 septembre, avec une tournée qui conduit le président de la Refondation, le colonel Michaël Randri­anirina, à Paris, pour participer au Sommet international sur l’espace et rencontrer le président français Em­manuel Macron à l’Elysée. Il a rallié ensuite Bruxelles afin de réactiver les relations avec les partenaires européens.
De son côté, le Premier ministre Mamitiana Rajao­nari­son a mis le cap sur la Chine. Le 15 septembre, à Changsha, le chef du gouvernement a rencontré le gouverneur du Hunan, Mao Weiming, en marge du 5e Sommet international sur les applications du système BeiDou. Agriculture, riz hybride, énergie solaire, technologies satellitaires, numérique, intelligence artificielle ou encore recherche scientifique figurent parmi les domaines de coopération explorés.

Tribune…
Mais c’est à New York que l’offensive diplomatique malgache a pris toute sa dimension politique. Le président Michaël Randriani­rina y a pris la parole lors du débat général de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies, du 22 au 28 septembre. Pour un pouvoir issu de la rupture politique de 2025 et toujours engagé dans un processus de retour à l’ordre constitutionnel, cette tribune mondiale revêt une portée symbolique majeure.
L’image est forte dans la mesure où sa situation institutionnelle écarte Madagas­car du concert des nations africaines en raison de sa suspension de l’Union africaine, le pays dispose de la principale scène diplomatique mondiale pour exposer sa vision de la politique étrangère.
De plus, le président ma­l­gache a rencontré Mah­moud Ali Youssouf, numéro un de la Commission de l’Union africaine à New York, en marge de cette 81e session pour échanger sur les consultations politiques en cours au pays. La transition malgache reste ainsi sous observation sur le continent, tandis que son président participe pleinement au rendez-vous des Nations unies.

« Tous azimuts »
En tout cas, le colonel Michaël Randrianirina prô­ne la diplomatie « tous azimuts ».
Madagascar profite pleinement de la compétition entre puissances occidentales, Chine, Russie et puissances émergentes, qui élargissent les possibilités de partenariat pour les Etats africains. Paris reste un interlocuteur majeur, Bruxelles est toujours incontournable pour les relations avec l’Eu­rope tandis que Pékin offre des perspectives dans les infrastructures, les technologies, et l’agriculture. Paral­lèlement, Washington entretient son influence à Mada­gascar, alors même que les partenaires africains restent indispensables à l’intégration régionale et à la normalisation institutionnelle.
La diplomatie « tous azimuts » prend alors toute sa signification stratégique : ne pas choisir un bloc, mais chercher des intérêts auprès de plusieurs pôles de puissance.

Tivo Rasam

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