Collaboration commerciale
À Madagascar, le développement de l’internet mobile connaît une phase d’accélération
décisive. Le pays bénéficie aujourd’hui d’une couverture réseau extrêmement large,
fruit de vingt ans d’investissements massifs dans les infrastructures de pointe. Toutefois,
si la technologie est bien déployée sur le territoire, le taux de pénétration doit encore
progresser. Comment expliquer ce décalage et quels sont les vrais défis à relever pour
garantir une meilleure inclusion numérique ? Décryptage.
Pour comprendre le paysage des télécommunications malgaches aujourd’hui, il faut mesurer
le chemin parcouru ces vingt dernières années. Le marché est aujourd’hui l’un des plus
dynamiques de la région, animé par la concurrence de cinq acteurs majeurs, dont des géants
mondiaux comme Orange et Airtel ou encore des fournisseurs satellitaires comme Starlink.
La physionomie actuelle du marché n’est pas le fruit d’un héritage figé, mais bien d’une
compétition par l’investissement. À titre d’exemple, lors de la privatisation de l’opérateur
historique en 2004, celui-ci accusait de lourdes dettes et détenait moins de 10 % des parts de
marché. Sa position de leader aujourd’hui est le résultat direct de plus de 950 millions de
dollars d’investissements par le malgache YAS. Cet effort continu a permis de doter le pays
d’un réseau fibré de plusieurs milliers de kilomètres, de couvrir plus de 88 % de la population
en 4G, et de faire de Madagascar l’un des pionniers de la 5G en Afrique dès 2020.
Un secteur fortement régulé et structuré
Le développement de ces infrastructures s’inscrit dans un cadre réglementaire strict et
transparent, garantissant l’équité du marché. L’Autorité de régulation des technologies de
communication (ARTEC) encadre rigoureusement le secteur.
Qu’il s’agisse des tarifs de gros pour l’accès au backbone national par fibre optique ou des
règles de tarification des interconnexions (les appels On-Net et Off-Net), les prix plafonds et
les modalités sont régulés. Chaque opérateur dispose ainsi de la liberté de déployer ses
propres infrastructures, ce que font d’ailleurs plusieurs acteurs aujourd’hui, ou de s’appuyer
sur le réseau existant dans des conditions fixées par les autorités publiques.

La fracture de l’équipement, véritable défi de l’inclusion
Si les infrastructures sont présentes et régulées, où se situe le goulot d’étranglement de
l’inclusion numérique ? Comme le démontrent régulièrement les études du GSMA en
Afrique, la principale barrière n’est plus la disponibilité du réseau, mais l’accessibilité
financière des terminaux.
À Madagascar, l’accès au smartphone se heurte à un double obstacle : un pouvoir d’achat
limité, lourdement pénalisé par une fiscalité parmi les plus élevées du continent. Les taxes
cumulées (droits de douane, TVA) sur l’importation de smartphones d’entrée de gamme,
couplées aux taxes sur les services (8 % de droits d’accise sur les télécoms et 5 % sur la
finance mobile), maintiennent le coût d’accès au numérique hors de portée pour une large
frange de la population.

Des efforts tarifaires à contre-courant de l’inflation
Du côté des services, les opérateurs ont pourtant initié des efforts sans précédent pour
démocratiser l’accès à la Data. Entre décembre 2025 et février 2026, les tarifs de l’internet
mobile ont connu une baisse historique, atteignant -55 % en moyenne, avec des offres d’accès
à la fibre jusqu’à -80% dans le cas de l’offre YellowOne, une parmi les plus compétitives
d’Afrique.
Ces baisses de prix sont d’autant plus notables qu’elles interviennent dans un contexte
économique dégradé. À Madagascar, l’inflation reste forte (estimée entre 8 % et 9 % en
2026), tandis que les équipements et infrastructures de télécommunication sont importés et
payés en dollars américains. À noter que le secteur des télécoms est l’un des rares à avoir
baissé ses prix pour le consommateur final malgré la hausse généralisée du coût de la vie.
Quel cap pour l’avenir ?
Les infrastructures sont là, les baisses de tarifs sur la data sont effectives, et le marché est
ouvert. Pour que Madagascar franchisse un nouveau cap et fasse du numérique un véritable
moteur de croissance économique, le prochain levier est fiscal.
Une politique incitative, passant notamment par la suppression des taxes additionnelles sur les
télécoms et une réduction de la fiscalité sur les smartphones abordables, permettrait de
transformer la couverture réseau en une véritable société connectée. C’est dans ce partenariat
entre les investissements privés des opérateurs et une vision fiscale publique favorable à
l’inclusion que se trouve la clé de l’avenir numérique malgache.
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