La Global System for Mobile Communications Association (GSMA), une organisation mondiale qui représente les intérêts de plus de 750 opérateurs de téléphonie mobile et de centaines d’acteurs de l’écosystème numérique, a publié une étude sur l’économie numérique à Madagascar. Parmi les constats, le rapport souligne qu’à Madagascar, le prix du smartphone constitue un obstacle majeur à l’accès à Internet. Même si les forfaits sont abordables, encore faut-il avoir les moyens d’acheter un téléphone compatible.
Prenons l’exemple d’un ménage qui veut acheter son premier smartphone. Selon l’étude de la GSMA sur l’économie numérique à Madagascar, un modèle neuf d’entrée de gamme se vend généralement entre 210 000 et 420 000 ariary (50 à 100 dollars), taxes comprises. Or les 10% les plus pauvres vivent avec environ 8 400 ariary par mois (2 dollars). Pour eux, un seul téléphone représente plusieurs mois de revenu à payer en une seule fois. La GSMA déduit que cet achat reste hors de portée, même avec des subventions.
Un tiers du prix part en taxes
Pourquoi un téléphone coûte-t-il si cher ? Une bonne partie du prix vient des taxes. Sur un appareil vendu environ 100 dollars, la GSMA estime qu’environ 35 dollars partent en droits de douane (20%), redevance au titre du droit d’auteur (6%), prélèvement de régulation (1%) et TVA (20%). Sans ces prélèvements, le même téléphone coûterait environ 65 dollars. Cela fait à peu près un tiers du prix payé en boutique.
L’effet pervers : le marché informel
Selon la GSMA, ces taxes élevées ont encouragé le marché informel. D’après les opérateurs, environ 80% des téléphones vendus à Madagascar entreraient par des circuits informels, sans payer les droits de douane ni les autres taxes. Quatre téléphones sur cinq échappent donc aux taxes, et l’État ne perçoit de recettes que sur une petite partie des appareils. Cependant, les contrôles ne suffisent pas forcément à résoudre le problème. Selon le rapport, les téléphones vendus dans les circuits officiels peuvent coûter jusqu’à 54% plus cher que ceux du marché informel. Un tel écart de prix peut pousser les acheteurs à se tourner vers les vendeurs informels, où les appareils sont moins chers.
Les opérateurs ont baissé les prix des données
Pourtant, les trois opérateurs (Yas, Orange et Airtel) ont consenti des efforts afin de baisser les prix. En décembre 2025, le Gouvernement de transition et les opérateurs se sont accordés pour baisser les tarifs d’Internet, chaque opérateur décidant de l’ampleur de ses baisses. En février 2026, le ministre parlait de réductions effectives d’environ 43%.
Concrètement, les opérateurs n’ont pas changé les prix affichés. Ils ont donné plus de données pour le même prix. Pour 1 000 ariary, on obtient désormais 1 Go, contre 220 à 250 Mo en novembre 2025. Cela divise le prix par gigaoctet par environ quatre. Mais la moitié de ce volume n’est utilisable que la nuit.
Pourquoi cela ne suffit pas
Pourtant, la GSMA estime que des données moins chères ne suffisent pas quand les revenus sont très faibles et que le téléphone coûte plusieurs mois de revenu à payer d’avance. Parmi les exemples qu’elle cite dans son rapport, elle affirme que le Xiaomi Redmi A5, un modèle populaire, se vend à Antananarivo entre 365 000 et 464 000 ariary (87 à 110 dollars) selon sa mémoire. Le moins cher des smartphones proposés en ligne par Yas, le ZTE A36, est à 199 000 ariary (environ 47 dollars). Yas le propose aussi avec des versements quotidiens de 1 200 ariary sur 12 mois.
Que propose la GSMA ?
Pour faciliter l’accès aux smartphones, la GSMA propose plusieurs solutions. Elle recommande notamment d’alléger les taxes sur les appareils d’entrée de gamme, en supprimant certains prélèvements et en exonérant de TVA les téléphones dont le prix est inférieur à un certain seuil. En contrepartie, les appareils haut de gamme pourraient être davantage taxés.
Le rapport suggère également de faciliter l’achat des smartphones grâce au paiement échelonné. À Madagascar, le programme DECIM avait distribué 149 359 appareils au 25 juin 2026, sur un objectif de 664 000.
La GSMA recommande également au gouvernement malgache de revoir les taxes appliquées aux services de télécommunications, notamment la taxe d’accise de 8%. Elle propose de supprimer progressivement cette taxe sur deux ans : la réduire d’abord de 8% à 5%, puis la supprimer complètement l’année suivante. Avant de passer à la deuxième étape, il faudrait évaluer les effets de cette première baisse, notamment sur l’utilisation des services mobiles par la population et sur les recettes de l’État. L’objectif est de rendre les services de télécommunications plus accessibles tout en mesurant les conséquences de cette mesure sur les finances publiques.
Réformes fiscales : des exemples africains à suivre
Les exemples africains de réduction ou de suppression des taxes sur les téléphones restent peu nombreux dans le rapport de la GSMA. L’Afrique du Sud est le seul pays cité pour lequel des résultats chiffrés permettent de mesurer l’évolution des ventes après une réforme fiscale. Depuis le 1er avril 2025, le pays a supprimé une taxe de 9% sur les smartphones vendus à moins de 2 500 rands, soit environ 150 dollars. Selon la GSMA, avant cette mesure, les ventes de smartphones d’entrée de gamme reculaient en moyenne de 7,9% par mois. Après la réforme, elles ont progressé de 6,2% par mois. Entre mars 2025 et février 2026, les ventes de ces appareils ont augmenté de 80%, tandis que celles des téléphones classiques ont chuté de 87%.
Le Kenya constitue un autre exemple. Le pays a exonéré les téléphones de TVA afin d’en réduire le coût d’achat. Cette mesure a été accompagnée du lancement de smartphones à bas prix par les opérateurs, notamment les modèles Neon 3G et Neon 4G, ainsi que d’une formule de paiement échelonné appelée “Lipa Mdogo Mdogo”. Des programmes de formation au numérique ont également été mis en place pour aider la population à utiliser ces appareils. Toutefois, le rapport ne fournit pas de chiffres permettant de mesurer précisément les résultats de cette politique ni de déterminer l’effet propre de l’exonération fiscale au Kenya.
D’autres expériences africaines apportent des enseignements complémentaires. En Tanzanie, l’instauration d’une taxe sur les transactions d’argent mobile en juillet 2021 a été suivie d’une baisse de 38% des transferts d’argent entre particuliers et de 25% des retraits en trois mois. Le gouvernement a ensuite réduit cette taxe à deux reprises. Cet exemple concerne les services financiers mobiles et non les téléphones eux-mêmes, mais il illustre les conséquences possibles d’une taxation trop lourde sur l’utilisation des services numériques.
Le rapport compare également la fiscalité des services mobiles dans plusieurs pays. À Maurice et au Mozambique, les taux combinés de TVA et de taxe d’accise sur ces services sont respectivement de 15% et 16%, contre 28% à Madagascar, où la TVA est de 20% et la taxe d’accise de 8%.
Enfin, le Nigéria et le Rwanda sont cités pour leurs dispositifs de contrôle fiscal et du marché des téléphones. Le Nigéria utilise un registre central des numéros IMEI, qui permet d’identifier les appareils et de contribuer au blocage de ceux qui ne sont pas enregistrés ou qui sont signalés comme volés. À Madagascar, la Direction générale des impôts a adopté le système de facturation électronique EBM, développé par l’administration fiscale rwandaise, afin de mieux suivre les opérations commerciales et les taxes associées.
Nambinina Jaozara





