Jessica Rojotiana Rahajaharivony a 26 ans. Elle travaille sur un outil capable de transcrire des audios en malgache en textes malgaches. Son projet figurait parmi les initiatives mises en avant lors de la présentation du rapport de la GSMA (Global System for Mobile Communications Association) sur l’économie numérique à Madagascar, le 16 octobre 2026, à Antananarivo. Jessica Rojotiana Rahajaharivony, à travers ce projet, entend donner davantage de place à la langue malgache dans l’univers numérique. Faisons connaissance avec cette étudiante en master en Mathématiques, informatique et statistiques appliquées (MISA) à l’Université d’Antananarivo.
Pourquoi avoir choisi les mathématiques et ensuite MISA ?
J’adore les mathématiques depuis le collège. J’aime aussi me lancer des défis. Après le baccalauréat, j’ai échoué au concours d’entrée à l’École supérieure polytechnique d’Antananarivo. On m’a ensuite parlé de la mention Mathématiques. Je me suis renseignée et j’ai découvert que cela correspondait à ce que je voulais faire. Avec la MISA, on se tourne davantage vers l’informatique. On applique concrètement ce qu’on a appris en licence de mathématiques.
Comment avez-vous vécu le fait d’être une femme dans un domaine technologique ?
Au début, c’était difficile, surtout lorsque j’étais encore en licence de mathématiques. J’ai entendu beaucoup de préjugés. Mais j’avais un objectif et je m’y suis accrochée jusqu’au bout. Les ateliers auxquels j’ai participé m’ont également encouragée. J’ai constaté qu’à l’étranger, les femmes étaient bien représentées dans ce domaine.
Y-a-t-il une personne, en particulier, qui vous inspire dans votre domaine ?
Un de mes anciens professeurs à l’université m’inspire beaucoup. Ses paroles sont toujours encourageantes.
Comment avez-vous intégré l’équipe de ce projet de transcription audio en texte malgache ?
Je suis déjà dans ce domaine. C’était un collègue qui m’en a parlé. Le projet est aussi en lien avec mes études et mon sujet de recherche pour le master, qui porte sur la reconnaissance vocale automatique, ou speech recognition. Pour ce projet, je travaille avec la GSMA et Yas Madagascar sur cet outil. Nous l’avons développé en six mois.
Comment fonctionne cet outil et à quoi servira-t-il ?
Nous travaillons sur des audios issus de centres d’appels, qui peuvent être bruités et contenir des mélanges de langues. L’objectif est de faire rayonner la langue malgache, au même titre que le français et l’anglais dans le monde numérique. Nous voulons qu’une personne, où qu’elle se trouve, puisse transcrire en texte malgache un enregistrement audio dans cette langue.
Comment le public peut-il se procurer à votre outil donc ?
Pour le moment, il s’agit encore d’un partenariat entre la GSMA et Yas Madagascar. L’outil n’est pas encore proposé au grand public.
Quel est le principal défi dans la transcription des audios en malgache ?
Nous manquons de données sur la langue malgache. Et celles qui sont disponibles sur Internet sont parfois mal transcrites. Nous avons donc perdu beaucoup de temps à transcrire manuellement les audios et à corriger les textes. Pour ce qui est du modèle, nous avons dû partir d’un modèle existant déjà et l’adapter à la langue malgache.
Que diriez-vous à une jeune femme qui rêve de faire carrière dans la technologie ?
La science éveille la curiosité. Les jeunes filles passionnées par les sciences sont toujours une source d’inspiration. Il ne faut toutefois pas négliger les matières littéraires. Sans mes connaissances en anglais, j’aurais eu du mal à me lancer dans ce projet. Maîtriser la technologie et évoluer dans cet univers représente aujourd’hui une grande opportunité. Le marché se trouve notamment à l’international. Il est donc important de savoir communiquer.
Propos recueillis par
Fenitra Rarivoson





