Il y a des décisions qui ne font pas grand bruit, ne remplissent pas les unes des journaux et ne bouleversent pas le quotidien du jour au lendemain. Pourtant, elles méritent qu’on s’y arrête. Récemment, à l’École normale supérieure, le Conseil scientifique a décidé qu’aucun cadeau ne devrait être offert par les étudiants ni accepté par les enseignants lors des soutenances. La règle s’étend également aux autres activités pédagogiques de l’établissement. Une mesure simple, presque banale en apparence, mais qui pourrait bien marquer un petit pas dans la bonne direction.
Car derrière le geste d’offrir se cache parfois une question moins anodine, faut-il donner pour être bien vu ? Bien sûr, tous les cadeaux ne sont pas synonymes de corruption et il serait injuste de jeter le soupçon sur chaque enseignant ou chaque étudiant. Mais dans un environnement où les moyens financiers des familles sont très inégaux, les habitudes les plus anodines peuvent finir par créer des situations inconfortables.
L’interdiction annoncée par l’ENS a donc le mérite de rappeler une évidence, c’est le fait qu’une soutenance doit rester un exercice académique, pas une occasion de démontrer sa générosité. Le travail présenté, la qualité de l’argumentation et les connaissances acquises doivent primer sur toute autre considération. Le diplôme ne devrait donc pas dépendre ni de la capacité à offrir un présent ni de l’aisance financière de la famille.
Au-delà de l’équité, cette décision touche aussi à la prévention de la corruption. Celle-ci ne commence pas toujours par des sommes importantes ou des arrangements spectaculaires.
Espérons donc que cette décision ne restera pas une simple consigne affichée sur un mur. Si elle contribue à alléger les dépenses des familles, à rassurer les étudiants les plus modestes et à renforcer la confiance dans l’institution universitaire, alors le pas sera déjà appréciable.
Rakoto





