On avance, lentement peut-être mais sûrement. La décision du Pôle anti-corruption (Pac) de Mahajanga fera, à coup sûr, figure d’exception mais laissera indiscutablement des traces. Et pour cause, pour la première fois, un enseignant est condamné pour corruption sexuelle, après avoir fait des avances insistantes à une étudiante en échange de bonnes notes. Une première. Un signal fort et un bon début.
Mais appelons les choses par leur nom : ce n’est ni un fait isolé, ni un phénomène nouveau. C’est une réalité installée, banalisée parfois à coups de sourires complices et de silences lourds. Il était temps qu’un tribunal ose briser ce tabou. Et c’est bien fait cette fois-ci.
Cette décision redonne un peu d’espoir à celles et ceux qui pensaient qu’il ne servait à rien de parler, que dénoncer, c’était risquer gros pour rien. Elle vient dire à voix haute que le harcèlement, les chantages sexuels, les abus de pouvoir n’ont pas leur place dans une salle de classe, un amphithéâtre, un bureau de professeur ou encore dans d’autres endroits. Qu’un diplôme ne devrait jamais s’échanger contre un silence ou une humiliation.
Et pourtant, nous le savons, cette affaire n’est que la goutte d’eau dans l’océan. Combien d’étudiants et d’étudiantes, car oui, il y a aussi des garçons concernés, peut-être moins connus, mais ils ont vu leur avenir compromis parce qu’ils ont refusé de céder ? Combien de talents ont été étouffés, combien ont abandonné ou ont vu leur avenir détruit ?
Il serait hypocrite de croire que cela ne concerne que Mahajanga. Toutes les grandes villes universitaires du pays sont probablement touchées mais en attendant des enquêtes et des dénonciations, il est préférable de rester neutre. Par ailleurs, il serait naïf aussi de penser que le secteur éducatif est le seul concerné : ce type de corruption rampante existe aussi dans l’administration, le secteur privé, la justice… partout où un rapport de pouvoir peut être instrumentalisé.
Quoi qu’il en soit, il faut saluer le courage de l’étudiante qui a osé porter plainte. Il faut aussi saluer les juges qui ont appliqué la loi, sans trembler. Et surtout, il faut espérer que cette condamnation ne soit pas un coup d’éclat isolé, mais le début d’un véritable mouvement.
Cela étant, ce jugement n’effacera pas toutes les injustices passées, mais il envoie un message clair, le fait que désormais, on peut dire non. On peut parler. On peut dénoncer et que la justice suivra. La route est encore longue mais avec chaque plainte et chaque témoignage constitue une marche de plus. Pourvu que ça continue.
Rakoto




