Depuis le début de l’année 2025, les deux principales sources d’énergie utilisées par les ménages pour la cuisson, en l’occurrence le pétrole lampant et le charbon de bois, connaissent une hausse significative de leurs prix.
Cette double flambée frappe de plein fouet les foyers malgaches, déjà éprouvés par un contexte économique difficile. Elle met aussi en lumière les limites d’un modèle énergétique encore largement dépendant de solutions traditionnelles.
Le pétrole lampant : une hausse progressive mais continue
Depuis janvier 2025, un mécanisme d’ajustement automatique des prix des carburants s’applique, entre autres pour le pétrole lampant. Ce produit est essentiel pour des millions de foyers malgaches, non seulement pour la cuisson mais aussi l’éclairage dans les zones non raccordées au réseau électrique.
En janvier, le litre se vendait environ 2.430 ariary. Dès février, une première hausse de 200 ariary a été appliquée, portant le prix à 2.630 ariary. En mars et avril, deux nouvelles augmentations successives de 200 ariary chacune ont porté le prix à 3.030 ariary. En juin, le litre a franchi le seuil des 3.430 ariary, soit une hausse totale d’environ 1.000 ariary en six mois, représentant près de 41 % d’augmentation par rapport au tarif initial.
Les autorités justifient cette progression par la nécessité de rapprocher le prix du pétrole lampant de son coût réel, tout en réduisant progressivement le poids des subventions publiques. Le contexte international, marqué par la volatilité du cours du baril de pétrole et la dépréciation de l’ariary face aux principales devises, a accentué cette tendance.
Malgré la subvention maintenue sur ce produit afin d’éviter un choc brutal pour les ménages les plus modestes, la hausse reste difficilement supportable. Pour de nombreuses familles, notamment rurales, le pétrole lampant demeure une ressource incontournable, faute d’alternatives accessibles.
Le charbon de bois : une flambée qui devient habituelle
Si le pétrole lampant suscite l’attention par son ajustement régulier, c’est bien le charbon de bois qui inquiète le plus grand nombre de ménages urbains. Utilisé quotidiennement par une majorité de foyers, notamment dans la capitale et les grandes villes, son prix connaît depuis quelques mois une envolée.
Le sac de charbon, vendu à 32.000 ariary il y a peu, atteint désormais les 40.000 ariary sur certains marchés, soit une hausse de près de 25 % en quelques semaines seulement. Pour les familles qui doivent en acheter régulièrement, l’impact budgétaire est lourd. Certains consommateurs se tournent vers des alternatives comme le charbon écologique, vendu à environ 1.200 ariary le kilo, mais ce dernier reste moins accessible que le charbon traditionnel, qui oscille entre 2.000 et 2.500 ariary le kilo.
Michael, père de famille vivant à Antananarivo, a récemment changé ses habitudes de cuisson : « Face à la hausse constante du charbon de bois, j’ai choisi d’opter pour le pétrole lampant pour cuisiner. La différence n’est pas énorme mais le pétrole revient moins cher que le charbon », confie-t-il. Ce témoignage illustre le dilemme auquel sont confrontés de nombreux ménages, obligés de jongler entre deux sources d’énergie elles-mêmes en hausse.
Les causes de cette flambée sont multiples. Le coût du transport figure en première ligne : routes dégradées, éloignement des zones de production et prix du carburant en hausse renchérissent l’acheminement vers les centres urbains. Par ailleurs, l’offre se réduit en raison de la déforestation, des restrictions sur l’exploitation forestière et de la raréfaction des zones de production. Enfin, la hausse généralisée des prix de l’énergie, y compris des carburants, entraîne un effet domino sur toute la filière.
Ces évolutions cumulées pèsent lourd sur les budgets familiaux. Dans de nombreux foyers, la part consacrée à l’énergie domestique représente désormais une charge disproportionnée. Le choix du mode de cuisson n’est plus dicté par la préférence, mais par la contrainte économique. Certains ménages réduisent la quantité de combustible acheté, d’autres limitent le nombre de repas cuisinés par jour, ce qui affecte directement la qualité de vie et la sécurité alimentaire.
La situation est particulièrement préoccupante dans les zones rurales, où l’accès à l’électricité demeure faible et où le pétrole lampant est essentiel non seulement pour la cuisson mais aussi pour l’éclairage. Dans les centres urbains, la flambée du prix du charbon entraîne une pression sociale supplémentaire, accentuant les inégalités entre ménages aisés et modestes.
Enjeux environnementaux et sanitaires
Au-delà de l’impact économique, la forte dépendance au charbon de bois pose un enjeu environnemental majeur. La consommation massive de charbon alimente la déforestation, fragilise les écosystèmes et contribue à la dégradation des sols. Les autorités malgaches estiment que la capitale à elle seule consomme plusieurs centaines de tonnes de charbon par jour, un rythme difficilement soutenable sans reboisement massif.
L’usage du charbon et du pétrole lampant comporte également des risques sanitaires. La fumée issue de la combustion du charbon est nocive lorsqu’elle est inhalée dans des espaces mal ventilés, entraînant des maladies respiratoires. Le pétrole lampant, quant à lui, peut provoquer des brûlures ou des intoxications en cas de mauvaise manipulation.
Tiana R.




