Comment il fallait s’y attendre, nous sommes pile dans une nouvelle crise sociopolitique. Une énième crise, pourrait-on dire, tant le scénario est tristement familier. Dans notre pays, les convulsions politiques ne sont plus des accidents de parcours, elles sont devenues des habitudes nationales. Depuis l’indépendance en 1960, le pays semble piégé dans un cycle infernal où chaque tentative de redressement est immédiatement sabotée par une nouvelle flambée de tensions politiques.
À peine quelques années de calme relatif de 2009, et voilà que les vieux démons ressurgissent. Et aussi étonnant que cela puisse paraître, le décor ne change pas, une population à bout et une jeunesse qui, lasse d’attendre, descend dans la rue. Le pays est donc à nouveau secoué par des manifestations violentes marquées par des décès et des pillages. Comme souvent, la réponse du pouvoir est la même : couvre-feu et limogeages… et l’espoir que cela suffira à calmer le jeu.
La dissolution récente du gouvernement par le président Rajoelina peut être une solution, c’est une réaction. Une réaction à une colère, visiblement profonde, mais qui semble téléguidé par d’autres volontés. Sinon pourquoi élargir les revendications à chaque jour. Avant hier, c’est l’eau et l’électricité, hier le gouvernement et aujourd’hui le président. Suivez mon regard.
En tout cas, cette instabilité chronique a un coût. Un coût humain, bien sûr, mais aussi un coût économique immense. Chaque soubresaut politique éloigne un peu plus les investisseurs, gèle les projets de développement, et surtout, tue l’un des rares secteurs qui portaient encore un peu d’espoir, à savoir le tourisme.
Comment espérer relancer l’économie quand les images diffusées à l’international sont celles de rues en flammes, des manifestations et de couvre-feu ? Les guides de voyage peuvent bien vanter les plages paradisiaques, les forêts endémiques, et la gentillesse du peuple malgache, tout cela pèse peu face à l’impression d’un pays instable et imprévisible. L’année touristique 2025, qui s’annonçait prometteuse après la pandémie, risque d’être une nouvelle catastrophe.
Et que dire des Malgaches eux-mêmes ? Épuisés, certains rêvent simplement de partir. D’autres se résignent, dans une indifférence mêlée de résilience. On entend souvent dire : “C’est toujours comme ça à Madagascar.” Une phrase qui sonne comme un aveu d’impuissance.
Il est temps de briser ce cycle. Pas avec des annonces politiques creuses, mais par un vrai changement, que ce soit par la population elle-même ou par ceux qui nous gouvernent, afin de construire un avenir stable et durable. Car il s’agit d’une responsabilité partagée entre les deux.
Rakoto




