Au-delà d’une manifestation (ou soulèvement, c’est selon) populaire, ce qui inquiète le plus dans le contexte actuel, est la vulgarisation de gros mots. Cela a d’ailleurs commencé durant un mouvement de grève des étudiants de l’école polytechnique il y a quelques années déjà. Les jeunes prennent visiblement goût à ces mots dont ils savent pourtant qu’ils sont insultants. A se demander si une fois parents, ils vont inculquer à leurs enfants cette culture de gros mots. La plupart d’entre eux sont pourtant des intellectuels, des étudiants à l’université, c’est-à-dire l’élite de demain. Autant dire que l’avenir culturel de Madagascar est en jeu.
Modifier les textes des chansons à sa guise, pour mieux transmettre ses messages, est une pratique courante. C’est notamment le cas de certaines de nos chansons d’enfance. Nous les fredonnons sans savoir leur signification, mais nous aimons le rythme. Et plusieurs années plus tard, nous rions en nous rendant compte que ce que nous avons dit était insensé. Cependant dans le contexte actuel, les « grévistes » connaissent bien la version originale mais ils changent pour lui donner une touche plus « percutante ». Et là encore, il n’y a rien de mal à effectuer un « cover » comme on le dit souvent, seulement ils introduisent de gros mots, des mots vulgaires aux textes.
L’objectif est-il vraiment de vulgariser la culture de la médiocrité ? Est-ce qu’on ne peut pas réclamer dignement ses droits ? Certains disent que ceux qui ont tendance à faire des injures ont le plus d’honnêteté. Pour autant, si la jeune génération, la Gen Z, veut un Madagascar respecté de tous, elle doit d’abord se faire respecter et la moindre des choses est de ne pas employer des mots provocateurs. « Cet usage tabou du langage s’actualise dans trois domaines sémantiques : le sacré (la religion), les excréments (la scatologie) et la sexualité. Ils sont condamnés parce qu’à travers leur usage se manifestent les interdits d’une société », selon Claudine Moïse dans son article intitulé Gros mots et insultes des adolescents. Mais si les interdits devenait les normes, la société serait anarchique…
Rakoto




