Alors que la population augmente, le nombre de médecins reste dramatiquement bas. Un constat alarmant qui appelle à une réforme urgente du système de formation médicale.
Dix ans se sont écoulés, et la situation sanitaire reste préoccupante : le pays compte seulement 5.833 médecins pour 32 millions d’habitants. En 2014, ils étaient 5.200 pour 25 millions d’habitants. Autrement dit, en une décennie, le nombre de médecins n’a pratiquement pas évolué, alors que la population, elle, a bondi de 7 millions. «Les nouveaux diplômés remplacent simplement ceux qui partent à la retraite ou décèdent, sans que l’effectif global n’augmente», déplore le Dr Fidy Bariniaina.
A titre de comparaison, les pays d’Europe et d’Asie comptent entre 30 et 60 médecins pour 10.000 habitants. Le fossé est abyssal. D’ici 2035, Madagascar comptera environ 39 millions d’habitants. Sans une augmentation massive du nombre de médecins, le système de santé risque la saturation totale.
Un déséquilibre flagrant entre la capitale et les régions
La région d’Analamanga, qui concentre Antananarivo, détient 3.471 médecins, soit 8,1 pour 10.000 habitants. Dans le reste du pays, les 23 autres régions doivent se partager à peine 2.362 médecins, ce qui équivaut à 0,8 médecin pour 10.000 habitants. Les régions rurales, souvent isolées et mal desservies, peinent à recruter des médecins généralistes, et les spécialistes, eux, se comptent sur les doigts d’une main.
Selon la même source, cette pénurie est due au fait que la formation médicale ne suit pas la croissance démographique. Les universités publiques manquent de moyens, d’infrastructures, d’enseignants et de bourses. Les universités privées, quant à elles, pourraient soulager le système, mais elles restent mal acceptées.
Recommandations
Pour inverser la tendance, le lanceur d’alerte appelle à tripler ou quadrupler le nombre d’étudiants en médecine d’ici 2035. Investir massivement dans la formation publique : nouvelles facultés, hausse des salaires des enseignants, amélioration des bourses… Soutenir les établissements privés, qui peuvent former des médecins sans peser sur le budget de l’Etat.
Mais ces réformes exigent une vision claire : augmenter les recettes publiques, notamment fiscales, et réduire certaines dépenses non prioritaires pour investir dans la santé. «Il est temps d’agir ensemble pour changer les choses. Notre pays est un bien commun: reconstruisons-le, pour qu’aucun Malgache ne soit privé de soins par manque de médecins», a soutenu le Dr Fidy Bariniaina.
Recueillies par Fahranarison




