Sous le commissariat de Hobisoa Raininoro, l’artiste franco-béninois Roméo Mivekannin expose actuellement à la Fondation H Analakely, jusqu’au 21 mars 2026. Intitulée « Correspondance », cette exposition présente des œuvres exceptionnelles réparties dans les deux salles du premier étage de la galerie. L’artiste y déploie sa manière de raconter l’histoire, en dévoilant ce que la culture occidentale a laissé dans l’ombre, et présentant une identité culturelle bafouée.
Cette exposition confirme le talent remarquable de l’artiste, aujourd’hui considéré comme l’un des nouveaux visages les plus prometteurs de la scène contemporaine internationale. Invité par la Fondation H à Madagascar l’année dernière pour une immersion culturelle, Roméo Mivekannin a découvert que la reine Ranavalona III avait été exilée en Algérie, en même temps que le roi du Bénin, son propre grand-père. Depuis, il s’intéresse particulièrement à la fin de la période royale ainsi qu’aux époques coloniale et postcoloniale.
A sa manière, il exprime ses émotions face à l’intrusion et à la domination bouleversante de la culture occidentale. «Correspondance» présente deux espaces, dont l’une abrite une grande installation baptisée «Fahatsiarovana» et l’autre, une série de tableaux inspirés de cartes postales malgaches. A travers ses créations, Roméo Mivekannin fait remonter à la surface les non-dits de l’époque coloniale et les fragments d’une culture oubliée.
« Fahatsiarovana », un hommage aux ancêtres
Roméo Mivekannin collabore avec Finoana Ratovo dans « Fahatsiarovana », pour une installation monumentale de 20 mètres de long dans la première grande salle de la Fondation H. Ce chef-d’œuvre rend hommage aux rites funéraires africains, autrefois respectés avant l’arrivée des occidentaux et du christianisme qui les ont diabolisés. L’artiste réinterprète les ansen africains, mettant en lumière les liens culturels entre le Bénin et Madagascar.
L’installation présente une quarantaine de modèles composés entre autres d’outils rituels, de scènes de vie, des oiseaux figurant les messagers spirituels, ainsi que des ansen ou aloalo, symboles du passage entre les vivants et les morts. A travers cette œuvre, Roméo Mivekannin honore une culture longtemps marginalisée par la puissance de l’influence occidentale. L’installation «Fahatsiarovana» impose une présence où se mêlent la grandeur des traditions, la profondeur du sacré et la majesté des symboles qu’elle évoque.
12 tableaux pour déconstruire les cartes postales coloniales
Dans la seconde salle, l’artiste expose une série de 12 tableaux inspirés de cartes postales anciennes. Réalisés sur des draps cousus et infusés d’élixirs, ces tableaux reprennent les visuels des cartes postales du début du XXᵉ siècle, où Romeo Mivekannin remplace les visages originaux par le sien. Dans cette série, il collabore avec la brodeuse Harivololona Rasamison, qui retranscrit les lettres figurant sur ces cartes. Produites par des occidentaux, ces cartes véhiculaient des stéréotypes racistes et coloniaux, représentant les peuples colonisés comme inférieurs ou sauvages, « non civilisés ». En y apposant son propre visage noir avec un regard défiant, Roméo Mivekannin renverse ces codes et réhabilite la dignité des représentés. Son œuvre dénonce la manière dont ces images ont façonné la perception de nos cultures et de notre identité.
L’artiste du moment
Le talent de Roméo Mivekannin réside dans sa capacité à s’adapter à chaque exposition et à revisiter l’histoire à travers des approches originales. Bien qu’il ne puisse être présent à Madagascar pour le moment en raison de la crise et d’un emploi du temps chargé, il prévoit d’y revenir l’année prochaine. Très sollicité sur la scène internationale, l’artiste expose actuellement en Allemagne où il travaille sur des peintures liées à l’histoire nazie, et il est aussi présent au Musée du Louvre-Lens pour une exposition collective…
Holy Danielle




