Lors de leur Assemblée générale à Mahamasina, nos maires ont ressorti un vieux rêve du tiroir, celui d’obtenir, eux aussi, l’immunité, comme les parlementaires. Rien que ça. À les entendre, l’immunité serait devenue la nouvelle parure indispensable du bon élu, donc un peu comme la cravate lors des cérémonies officielles. Un accessoire qui garantit, selon eux, l’exercice paisible de leurs fonctions, à l’abri des pressions et des représailles.
On ne peut pas leur en vouloir car l’exercice des responsabilités au niveau des communes n’a rien d’une promenade sur un boulevard. Alors, demander un peu de protection, à première vue, semble plutôt légitime. Une demande de bonne foi, même du moins, en surface.
Car il y a ce détail, presque inquiétant, c’est l’exemple éclatant de nos députés. Le modèle que les maires veulent suivre. Celui qui montre que l’immunité, quand elle n’est pas maniée avec retenue, peut vite devenir une sorte de carte blanche. Une petite cape d’invisibilité morale permettant à certains de s’adonner à des activités… disons, créatives. À tel point que l’immunité parlementaire a fini par devenir, dans l’imaginaire collectif, non pas une garantie démocratique, mais un passe-droit. Une sorte de permis spécial avec lequel certains peuvent contourner les règles, ne pas passer par la case tribunal, et toucher directement les avantages.
Alors, évidemment, quand les maires réclament la même chose, une question s’impose : à quoi ressemblerait un pays où chaque responsable politique dispose d’un bouclier anti-poursuites ? Et tant qu’à faire, pourquoi s’arrêter aux maires ? Donnons-en aussi aux chefs fokontany, aux directeurs régionaux, aux responsables d’établissements publics… Après tout, plus on est immunisé, plus on rit, non ? Ah, mais certains ont déjà leur joker : la Haute Cour de Justice.
La vérité, c’est que l’immunité reste un outil utile mais délicat. Elle protège les institutions, pas les individus. Elle garantit la stabilité, pas l’impunité. Elle est censée être un mur contre les abus de pouvoir, pas une trappe secrète pour s’en échapper.
Les maires ont sans doute leurs raisons, et certaines sont valables. Mais avant de distribuer de nouveaux boucliers, il serait peut-être temps de s’interroger sur l’usage que l’on fait déjà de ceux qui existent. Car un pays où tout le monde veut être immunisé, c’est souvent un pays où personne ne veut être responsable.
Rakoto




