Antananarivo sous l’eau. Le titre aurait pu faire la une d’un quotidien il y a quinze ans. Il pourrait tout aussi bien s’imposer aujourd’hui, et il y a fort à parier qu’il reviendra encore dans cinq ou dix ans. À force de se répéter, l’expression a perdu son pouvoir de choc. Et pourtant, la réalité, elle, ne s’est jamais banalisée. A chaque saison des pluies, la capitale croule sous les eaux comme si rien n’avait été appris.
Comme on est en décembre, les images sont devenues familières avec des rues transformées en rivières, des embouteillages monstres et des habitants contraints de traverser à dos d’homme ou sur des charrettes improvisées. Une situation ubuesque pour une capitale digne de ce nom. Et il ne s’agit pas seulement de zones basses, le centre-ville a été touché en rappelant une vérité simple, c’est que l’eau ne connaît ni quartiers privilégiés ni frontières sociales. Lorsqu’elle déborde, elle engloutit tout sur son passage.
Certes, il serait tentant de tout mettre sur le compte des pluies abondantes ou du changement climatique, ce serait commode mais juste incomplet. Car si la pluie est un phénomène naturel, l’inondation répétée d’Antananarivo est le produit de choix humains. Des choix collectifs et individuels, accumulés au fil des années, souvent irréfléchis et parfois assumés.
Collectivement, la ville a laissé se développer des constructions anarchiques, toléré des remblais dans des zones naturellement destinées à absorber l’eau, fermé les yeux sur l’obstruction progressive des canaux. Il suffit d’aller voir du côté de By pass Alasora et même dans le centre-ville. Les règlements existent et les interdictions sont connues mais leur application reste aléatoire.
Individuellement, chacun porte aussi sa part de responsabilité. Jeter un sachet dans un caniveau, abandonner des déchets sur la voie publique, construire sans permis ou empiéter sur un canal peut sembler anodin mais multipliés par des milliers, ces actes finissent par former un système. Un système qui étouffe les voies d’évacuation, ralentit l’écoulement de l’eau et transforme la moindre pluie soutenue en crise urbaine.
Pourtant, Antananarivo ne manque ni de compétences, ni de bonnes volontés. Ce qui lui fait défaut, c’est une prise de conscience collective. La lutte contre les inondations ne peut pas reposer uniquement sur l’État ou la Commune urbaine. Elle commence aussi dans les gestes du quotidien, dans le respect des règles et dans le refus de l’incivisme ordinaire.
Rakoto




