A Madagascar, près de 10.000 tonnes de déchets textiles sont générées chaque année, selon le ministère de l’Environnement et du Développement durable. Un chiffre alarmant qui invite à repenser l’avenir de la mode, non plus comme une expression culturelle, mais comme un enjeu écologique et social majeur. Pour renverser la tendance, le jeune ingénieur originaire de Toamasina, Betina Bruno a eu l’idée ingénieuse de transformer le cactus en cuir végétal, destiné à la fabrication d’articles de mode.
«Madagascar est une île particulièrement riche en ressources naturelles. Environ 80% des ménages vivent en milieu rural, confrontés aux aléas climatiques. Dans le Sud, où l’eau est rare, le cactus est souvent jugé nuisible pour les terres et les plantations, alors qu’il pousse naturellement en milieu aride. C’est dans ce contexte que j’ai pris l’initiative, en juin 2024, de mener des recherches sur la transformation du cactus en cuir végétal durable », fait savoir Betina Bruno, lauréat du Programme de promotion de l’entrepreneuriat des jeunes à Madagascar et 3e meilleur projet des jeunes d’Afrique.
A terme, il ambitionne de mettre sur pied la plus grande usine de fabrication de cuir végétal en Afrique, pour réduire l’utilisation de cuir animal.
Restructuration
« Les industries de la mode existent depuis fort longtemps à Madagascar, notamment avec l’essor des zones franches grâce à l’entrée en vigueur du Code des investissements dans les années 90 », confie Elia Ravelomanantsoa, fondatrice de Manja, le premier Festival International de la mode en Afrique et dans l’Ouest de l’océan Indien, créé en 1986.
Le secteur du textile, de l’habillement et des accessoires (THA) est le deuxième à employer une main-d’œuvre nombreuse et le premier secteur manufacturier à Madagascar. Selon l’Economic Development Board of Madagascar (EDBM), il contribue à 19,35% du PIB et 30% des exportations totales du pays. La part du textile sur les exportations totales du pays est de 69%, 60% et 64% respectivement en 2019 et pendant les 1er trimestre et 2e trimestre 2020. Cela dit, le développement de l’industrie doit encore faire face à plusieurs défis. Elle a été frappée de plein fouet par la crise sanitaire et a dû se restructurer pour faire face à
la reconfiguration de la demande mondiale en matière de textile.
Lors du 45ᵉ Sommet ordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement de la Southern African Development Community (Sadc), le 17 août à Antananarivo, treize instruments juridiques ont été signés afin de renforcer l’intégration régionale, parmi lesquels figure le protocole sur l’industrie durable, compétitive et inclusive.
Pour l’Institut de la mode et de l’industrie créative (Imic), Madagascar est déjà un important pôle de production pour de grandes marques internationales. Mais il faut mettre en lumière la formation afin de structurer les filières, développer des compétences locales et valoriser toute la chaîne de valeur de la mode.
Dans le même contexte, vingt-neuf jeunes femmes issues des quatre coins de la Grande île, ont achevé leur formation sur la mode durable dans le cadre de l’initiative « Métamorphose » au mois d’août 2024. Assurée par sept stylistes malgaches, spécialistes de la création de mode éco-responsable, ce programme vise à sensibiliser à l’impact environnemental de l’industrie de la mode et à soutenir l’entrepreneuriat féminin dans le domaine de la création, conclut Eva Rakotoarivony, parmi les formatrices.
Joachin Michaël




