Le dossier Corentin Martins traîne en longueur et sent le roussi. Le ministre de la Jeunesse et des Sports, Alain Rasambany, est monté au créneau pour calmer le jeu, affirmant que « la tendance s’oriente vers le renouvellement du bail » du technicien franco-portugais. Des mots rassurants, prononcés depuis les bureaux de la place Goulette à Ambohijatovo, pour tenter d’éteindre la polémique autour de cette affaire. Mais derrière la communication officielle, la réalité est tout autre.
Avant même cette sortie médiatique, la bombe avait déjà explosé. Corentin Martins aurait balayé d’un revers de main la proposition de 10 000 euros mensuels, faite par le ministère et la fédération malgache de football. Une offre jugée insuffisante par l’ancien milieu de terrain de l’équipe de France, pour continuer à diriger les Barea. Depuis, le vent a tourné. Ce qui paraissait acquis il y a quelques semaines, ressemble aujourd’hui à une impasse.
Le premier point de blocage est évident : la durée. On parle d’un contrat d’un an seulement. Pour un sélectionneur qui rêve de construire quelque chose de durable, c’est largement insuffisant. Corentin Martins sait que le football international ne se bâtit pas sur des missions courtes. Il faut du temps pour imposer une identité, travailler les automatismes, faire progresser un groupe. Un bail d’un an, c’est à peine le temps de poser les fondations avant qu’on ne vous demande déjà de plier bagage.
Ensuite, il y a la question des primes. Les retards de paiement, récurrents depuis des années, empoisonnent l’ambiance. Les joueurs attendent parfois des mois avant de toucher ce qui leur est dû. Quand le vestiaire gronde parce que les comptes ne sont pas réglés, le sélectionneur, lui, se retrouve en première ligne. Difficile de demander de l’engagement total sur le terrain quand les promesses financières ne sont pas tenues en coulisses.
Enfin, et pas des moindres, la marge de manœuvre de Martins reste étroite. La fédération malgache de football continue de lui faire de l’ombre, influençant parfois les choix, limitant la liberté du technicien dans la composition de son groupe. Quand on veut faire progresser une sélection, il faut avoir carte blanche. Or, à Madagascar, le sélectionneur doit souvent composer avec des interventions extérieures qui freinent son projet.
Le ministère veut garder Martins, c’est clair. Mais l’intéressé, lui, semble hésiter. Il connaît les limites du système malgache : un football national qui manque cruellement de moyens pour nourrir de grandes ambitions. Rester, c’est accepter de travailler avec les mains liées, dans un contexte où chaque étape en avant est suivie de deux pas en arrière.
Pourtant, une porte de sortie provisoire pourrait se dessiner. En l’absence d’offres concrètes ailleurs, Corentin Martins reste discret sur son avenir et n’a pas encore reçu de proposition alléchante, il pourrait accepter ce contrat d’un an, histoire de garder le pied à l’étrier le temps de trouver mieux. Un compromis boiteux, mais réaliste dans un marché où les postes de sélectionneur ne pleuvent pas.
Naisa




