Farakely: « La créativité en péril face au progrès technologique »

Figure incontournable de la scène acoustique malgache, Farakely célèbre ses quinze années de carrière à travers un concert exceptionnel intitulé « Satria Tiako Ianareo », prévu le 1er mars au CC Esca Antanimena. A l’approche de cet événement, la chanteuse revient sur son parcours, sa vision de la musique et les défis de la création artistique à l’ère technologique.

*Les Nouvelles: Vous baignez dans la musique de­puis votre enfance. Qu’ est-ce qui vous a poussée à en faire une carrière ?
– Farakely : La musique faisait partie de notre quotidien depuis toujours. C’était un jeu, une passion partagée en famille. Au départ, je n’ai pas envisagé de faire de ma passion mon métier. Mais cela est venu progressivement, notamment en commençant par animer des fêtes. A mon avis, faire de la musique donne à celui ou celle qui le fait plus de valeur et de dignité. Même si, à Madagascar, tous les musiciens ne vivent pas forcément de leur art, cela dé­pend beaucoup du milieu et de la manière dont la musi­que est pratiquée.

*Pourquoi avoir choisi la musique acoustique, un univers encore largement masculin ?
- C’est à travers la mu­sique acoustique que j’ai fait ma première apparition dans les cabarets. C’était un mon­de nouveau pour moi, et j’y ai pris goût. C’est aussi de cette manière que le public m’a découverte. Je suis restée fidèle à cette identité jusqu’à aujourd’hui.

*Votre musique mêle traditions et modernité. Com­ment trouvez-vous cet équilibre ?
- Nous jouions beaucoup de musique rétro au cabaret, et cela m’a profondément marquée. A la maison, mon père nous faisait écouter du kalon’ny fahiny, que j’aime toujours autant. En même temps, il y a la musique
de ma génération, celle que j’ai vécue. Pour moi, le passé et le présent sont indisso­ciables, et la culture malgache doit toujours être préservée.
*Quel regard portez-vous sur l’évolution actuelle de la musique malgache ?
- La musique évolue avec la mondialisation et les nouvelles technologies, ce qui permet à de nouveaux artistes d’émerger. Mais il faut rester vigilant. La créativité est la base de l’art, et elle risque de se perdre à cause du développement trop ra­pide de la technologie. Au­jourd’hui, l’intelligence artificielle peut même composer des chansons. On n’est plus toujours dans la recherche ou le travail artistique, mais dans la technologie pure.

*En tant qu’artiste et citoyenne, quel rôle sou­haitez-vous jouer dans la société ?
- Je me sens en paix avec la société. Je n’ai pas le sentiment de manquer de quoi que ce soit. A travers la mu­sique, je peux apporter de la joie, de l’émotion et de la vie à ceux qui m’entourent. Pour moi, c’est déjà une forme de contribution.

*Quels sont les souvenirs les plus marquants de votre carrière ?
- Il y en a beaucoup. Le décès de Sefo, l’un des pi­liers du groupe, a été un moment très difficile. A l’inverse, notre premier concert en 2017 reste l’un de mes plus beaux souvenirs. Cha­que étape a été particulière.

*Vous célébrez 15 ans de carrière avec le spectacle « Satria Tiako Ianareo ». Que représente ce titre ?
- Ce titre est une déclaration d’amour au public. Ces quinze années n’ont pas toujours été faciles, mais grâce à l’amour et au soutien du public, nous avons tenu bon. Les fans ont suivi notre évolution depuis le début. Si, à la fin du spectacle, le public nous dit « On recommence ? », ce sera notre plus belle ré­com­pense.

Recueillis par
Joachin Michaël

Partager sur: