RSU

La lutte contre la pauvreté ne se gagne pas uniquement avec des discours, encore moins avec des statistiques. Elle se mesure dans le quotidien des familles, dans l’accès aux soins, à l’alimentation, à l’éducation ou encore à des revenus décents. C’est pourtant autour d’un chiffre que s’articule aujourd’hui la communication officielle : 2,6 millions de ménages enregistrés dans le Registre social unique (RSU).
Présenté comme le socle d’une « protection sociale juste et inclusive », ce dispositif ambitionne de mieux identifier les ménages vulnérables afin d’améliorer le ciblage des aides sociales. Sur le principe, l’initiative paraît nécessaire. Dans un pays confronté à une pauvreté persistante et à des ressources limitées, disposer d’une base de données sociale fiable peut permettre d’éviter les doublons, les exclusions arbitraires et les interventions désordonnées.
Le Registre social unique répond ainsi au manque de visibilité sur les véritables bénéficiaires des aides sociales. Trop souvent, les dispositifs d’assistance ont été accusés d’inefficacité, voire d’iniquité. Entre favoritisme présumé, erreurs de ciblage et absence de suivi, la défiance s’est progressivement installée.
Toutefois, enregistrer des ménages ne signifie pas automatiquement améliorer leurs conditions de vie. La donnée reste un outil ; elle n’est pas une politique sociale en elle-même. Derrière chaque nom inscrit dans une base informatique subsistent des urgences bien concrètes : inflation, précarité alimentaire, chômage, accès difficile aux services de base.
Le risque existe alors de confondre performance administrative et impact social réel. Un registre peut produire des chiffres impressionnants sans pour autant transformer la réalité quotidienne des populations concernées. La véritable réussite du dispositif ne se mesurera pas au nombre de ménages recensés, mais à la capacité de l’État à traduire ces informations en actions rapides, efficaces et transparentes.

Tivo Rasam

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