Question de moyens

La décennie 2016-2026 devait être un tournant dans la gestion des finances publiques. A en croire le bilan présenté le 6 mai dans le cadre des concertations entre le Comité pour la sauvegarde de l’intégrité (CSI) et le ministère de l’Economie et des finances, Madagascar a enregistré des avancées dans le renforcement du cadre juridique, la multiplication des dispositifs de transparence et la structuration de la lutte contre la corruption. En principe, l’architecture de la bonne gouvernance se consolide.
Mais un constat s’impose avec insistance. Ces réformes ambitieuses restent suspendues au manque de ressources humaines et financières. Autrement dit, la réforme avance avec des outils modernes, mais manque de bras, de compétences et de moyens budgétaires pour les faire fonctionner pleinement.
En effet, la réforme de la gestion des finances publiques exige une mise en œuvre effective et un contrôle pérenne. Or, sans investissements durables dans les administrations ni renforcement massif des capacités techniques, les réformes risquent de rester entre l’intention et l’impact.
Concrètement, plus les ambitions de transparence et d’intégrité sont élevées, plus elles exigent une administration solide, outillée et stable. Dans le cas contraire, on risque une inflation de dispositifs sans efficacité réelle, ou une dépendance excessive à quelques pôles techniques fragiles.
Dans ce contexte, la prochaine génération de réformes ne pourra pas se limiter à prolonger les efforts engagés. Elle devra répondre frontalement à la question des moyens. Comment financer durablement la réforme de l’Etat lui-même ? Comment attirer, former et retenir les compétences nécessaires ? Et surtout, comment passer d’une logique de programmes à une logique de capacité institutionnelle ? Car une réforme sans moyens n’est pas une réforme inachevée. C’est une réforme exposée à l’essoufflement.

Tivo Rasam

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