E-commerce : Comment se lancer, avec Mahenintsoa Jenny Alissa Rakotonirina

Les années 1990 et début des années 2000 avaient le télé-achat sur grand écran. La période après Covid, à l’heure d’internet a le live shopping avec les smartphones. Un live shopping, c’est une vidéo en direct, sur Facebook ou sur TikTok, suivie par des spectateurs, appelés abonnés. Ils se connectent et achètent ensuite leur article par écrit dans les commentaires de la vidéo. C’est le choix d’activité de Mahenintsoa Jenny Alissa Rakotonirina depuis 2023. Elle vend des vêtements friperie en live shopping. Comme tous entrepreneurs dans le commerce en ligne qui se spécialisent dans le live shopping aujourd’hui, Alissa Rakotonirina avait débuté par la vente en ligne. Elle revient sur son parcours d’auto-entrepreneure en e-commerce. Portrait.

Racontez-nous vos premiers pas dans l’e-commerce ?
Je pense que l’entrepreneuriat a toujours fait partie de moi. J’ai commencé à acheter quelques articles à Behoririka pour les revendre dans des groupes Facebook de vente en ligne, quand j’étais en première année d’université. Cela m’avait permis de gagner un peu d’argent pour subvenir à certains de mes besoins. Pendant plusieurs années, j’ai continué mes études tout en poursuivant cette petite activité commerciale. En 2023, j’ai décidé de me lancer dans la vente en direct sur Facebook. Je vendais seulement une balle de friperie par live, une à deux fois par semaine, au début. Mon activité s’est développée progressivement. Aujourd’hui, je travaille avec quatre agentes commerciales. Ils m’aident au quotidien. Ensemble, nous arrivons à vendre environ trois à quatre balles de friperie par jour. Pour les livraisons, je fais appel à un prestataire externe spécialisé.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans la vente en ligne ?
Je viens de Tsiroanomandidy et je suis venue à Antananarivo pour poursuivre mes études. Comme la vie devenait de plus en plus chère, l’argent envoyé par mes parents ne suffisait plus pour mes dépenses quotidiennes. J’avais aussi beaucoup de projets et de rêves. Je voulais devenir indépendante financièrement. La vente en ligne m’avait offerte cette opportunité.

À quoi ressemblaient vos débuts dans le live shopping ?
Mes débuts n’ont pas été faciles. Lors de mes premiers lives, je n’avais que quatre spectateurs. Mais j’ai persévéré. J’ai participé à des partages de live avec d’autres vendeurs. Ce qui m’avait permis d’augmenter progressivement ma visibilité. Aujourd’hui, je fais aussi appel aux publicités payantes de Facebook pour toucher davantage de clients.

Comment fonctionne votre activité au quotidien ?
Comme toute activité commerciale, il y a des hauts et des bas. Notre travail dépend beaucoup du fonctionnement de Facebook. Lorsque la plateforme rencontre des bugs ou que les publicités ne se fonctionnent pas correctement, l’audience diminue et cela peut durer plusieurs heures. Malgré ces difficultés, nous continuons à travailler et à nous adapter.

Qu’est-ce qui fait, selon vous, le succès d’un article vendu en ligne ?
La qualité du produit, son prix, les tendances du moment, mais aussi la manière de le présenter pendant le live. Certains articles rencontrent immédiatement un grand succès, tandis que d’autres se vendent moins bien. Il faut constamment tester et s’adapter aux attentes des clients.

En quoi cette activité a-t-elle changé votre vie sur le plan financier ?
Je suis indépendante financièrement aujourd’hui. Le live shopping est mon activité professionnelle principale, qui me permet de subvenir aux besoins de ma famille et de contribuer aux dépenses de notre foyer. Cette entreprise me donne également l’opportunité de créer des emplois et d’offrir du travail à d’autres personnes. Mes revenus varient selon la qualité des balles de friperie achetées. Certaines permettent de réaliser de très bons bénéfices, d’autres sont moins rentables et doivent parfois être vendues presque au prix d’achat.

À quelle période de l’année les ventes sont-elles les plus prospères ?
Alissa Rakotonirina : Les meilleures périodes sont généralement les fêtes de fin d’année, la rentrée scolaire, les fêtes de Pâques et les périodes où les consommateurs disposent d’un pouvoir d’achat plus important, notamment après le versement des salaires.

Et comment gérez-vous les périodes de baisse des ventes ?
Alissa Rakotonirina : Lorsque les ventes ralentissent, nous proposons des promotions importantes et baissons parfois les prix jusqu’au prix d’achat. Cela nous permet de maintenir notre activité et de fidéliser nos clients. L’essentiel est de continuer à avancer qu’importe les difficultés.
Quels investissements avez-vous dû réaliser ?
Nous avons investi dans plusieurs équipements, indispensables au Live Shopping. J’ai sept téléphones pour gérer les lives, répondre aux messages des clients, suivre les commentaires et les commandes. J’ai acheté des éclairages. Et j’ai investis dans une bonne connexion Internet. Grosso modo, les principales dépenses sont : la connexion Internet, les salaires du personnel, et les publicités Facebook au quotidien.

Quel impact votre entreprise a-t-elle sur votre entourage ?
Mon entreprise permet de créer des emplois pour des jeunes, même sans diplôme. Les seules qualités que je demande sont de savoir écrire, effectuer des calculs simples et avoir la volonté d’apprendre.

Comment vous organisez-vous avec vos fournisseurs ?
Je travaille avec des fournisseurs auprès desquels j’achète régulièrement des balles de friperie. Chaque samedi, je prévois un budget fixe destiné à l’achat des balles pour assurer les ventes de la semaine suivante. Au fil du temps, nous avons construit une relation professionnelle fondée sur la confiance, le respect des engagements et la régularité de nos échanges, ce qui facilite mes approvisionnements.

Selon vous, quelle place occupe aujourd’hui le commerce en ligne dans l’économie malgache ?
Le commerce en ligne prend une place de plus en plus importante à Madagascar. Il offre des opportunités aux jeunes entrepreneurs, crée des emplois et permet aux consommateurs d’acheter facilement sans avoir à se déplacer.

Disposez-vous d’un numéro d’identification fiscale et d’une carte statistique ?
Oui, mon entreprise est enregistrée légalement.

Pourquoi est-ce important pour vous ?
Être en règle permet d’exercer son activité en toute légalité, de gagner la confiance des partenaires et des clients, et d’envisager sereinement le développement de son entreprise tout simplement.

Quels sont les principaux défis auxquels vous faites face ?
Comme on dépend principalement de Facebook, les bugs la plateforme nous inquiètent toujours. Les changements d’algorithme influencent aussi les ventes. Après, comme tout commerçant, la forte concurrence, l’augmentation du coût des publicités, et la variation de la qualité des balles de friperie sont aussi des défis.

Vous ne rencontrez pas de difficultés particulières dans les paiements ou les livraisons d’articles chez le client ?
Il arrive que certains clients annulent leurs commandes au dernier moment ou tardent à effectuer leur paiement. Quant aux livraisons, il peut parfois y avoir un grand nombre de colis à expédier en même temps, ce qui entraîne des retards pour certaines commandes. Dans ces situations, certains clients peuvent être mécontents, même si les délais dépendent également des trajets et de l’organisation des livreurs, qui doivent respecter leurs itinéraires pour assurer une livraison correcte.

Comment imaginez-vous l’évolution de votre entreprise ?
Je souhaite agrandir mon entreprise, recruter davantage de personnel, vendre encore plus d’articles chaque jour et développer de nouvelles gammes de produits. J’aimerais également disposer d’un espace de travail plus grand afin de pouvoir exercer notre activité dans de meilleures conditions, avec plus de liberté et d’efficacité.

Quels changements permettraient aux entrepreneurs du commerce en ligne de mieux réussir à Madagascar ?
Il serait souhaitable d’améliorer la qualité de la connexion Internet, de réduire son coût, de faciliter les paiements en ligne et d’organiser davantage de formations pour accompagner les jeunes entrepreneurs.

Propos recueillis par
Fenitra Rarivoson

Partager sur: