Sur le stand d’Ades (Association pour le Développement de l’Énergie Solaire Suisse-Madagascar), les visiteurs ne manquent pas. À la foire Rodorodon’ny Tantsaha, organisée du 19 au 23 août au stade Makis Andohatapenaka, les cuiseurs améliorés, paraboles et fours solaires de l’association attirent les curieux. Un signe parmi d’autres que ces solutions de cuisson alternatives commencent progressivement à trouver leur public à Madagascar.
En 2003, Ades vendait ses 500 premiers cuiseurs. Vingt et un ans plus tard, en 2024, l’association franchissait pour la première fois le cap des 100.000 appareils vendus sur une seule année. “La cuisson propre commence à intéresser les Malgaches. Ils sont nombreux à nous contacter. Nous avons un objectif de vente de 100.000 cuiseurs par an et nous avons déjà atteint ce volume alors que l’année n’est pas encore terminée”, explique un représentant de l’association rencontré lors de la foire. Outre les foyers améliorés, les paraboles et les fours solaires suscitent également l’intérêt des visiteurs.
La distribution joue un rôle central dans cette progression. En 2023, 60% des ventes d’Ades étaient réalisées par l’intermédiaire de son réseau de revendeurs, contre 20% pour les ventes directes et 20% via des partenariats, une part qui, selon un rapport d’Energising Development (EnDev), peut même grimper jusqu’à 70% selon les années. Ce réseau constitue aussi une source de revenus non négligeable pour ses membres : environ 70% des revendeurs sont des femmes, qui trouvent dans cette activité un complément économique.
Le défi de la production
Cet engouement reste toutefois à relativiser au regard des besoins du pays. Selon le EnDev Progress Report 2023, le taux d’accès au clean cooking à Madagascar était estimé à seulement 1%. Le rapport projette qu’en 2025, environ 600.000 personnes devraient avoir accès à des solutions de cuisson propre, un chiffre encourageant, mais qui reste dérisoire à l’échelle nationale.
Par ailleurs, pour les acteurs du secteur, le défi n’est plus seulement de vendre, mais de produire. Ades a justement réussi à améliorer ses indicateurs de productivité en 2023. L’association a franchi le cap symbolique des 500.000 cuiseurs vendus depuis sa création. Sur la même année, la production a atteint près de 100.000 unités, pour des ventes légèrement en retrait à plus de 87.000 pièces, un écart qui illustre les limites de sa capacité industrielle, alors fixée à 100.000 appareils. Ades a même dépassé les 10.000 ventes mensuelles deux mois de suite en fin 2023, un record pour l’organisation.
Un marché encore dominé par le charbon
Cette progression ne doit pas masquer la réalité du marché malgache, où le bois et le charbon de bois restent largement dominants. Selon une analyse de la Banque mondiale basée sur le Multi-Tier Framework de 2021, 25% des ménages malgaches utilisent le charbon comme combustible principal au niveau national. Cette proportion grimpe à 66% en milieu urbain, où il s’agit du premier combustible de cuisson, contre 17% en zone rurale. À l’inverse, le bois reste la norme à la campagne : 76% des ménages ruraux utilisent du bois collecté.
Le potentiel de développement reste donc considérable, mais plusieurs obstacles freinent la transformation de cette demande potentielle en marché réel : le prix des équipements, le pouvoir d’achat des ménages, la disponibilité des combustibles alternatifs, et surtout des habitudes de consommation solidement ancrées.
Les solutions comme celles d’Ades ne sont qu’un exemple parmi tant d’autres initiatives, mais leur impact est loin d’être anecdotique. Sur le plan sanitaire, l’OMS estime que 50% des décès liés à certaines maladies cardiovasculaires et respiratoires à Madagascar sont attribuables à la pollution de l’air domestique. Chez les enfants, ce chiffre atteint 63% pour les décès liés aux infections respiratoires aiguës des voies respiratoires inférieures.
Sur le plan économique, les foyers améliorés permettent, selon les modèles utilisés, de réduire de 50 à 70% le combustible nécessaire à la cuisson, un allègement de charge directe pour les ménages les plus modestes, souvent les premiers exposés à la fois à la pollution et à la précarité énergétique. Au stand d’Ades, entre deux démonstrations de cuiseurs, c’est peut-être là tout l’enjeu qui se joue : convaincre, foire après foire, que la cuisson propre n’est pas un luxe, mais une solution à la portée des foyers malgaches.
Nambinina Jaozara




