Le département américain de la Justice l’a confirmé. Une équipe de la « Scam Center Strike Force » a été déployée pendant deux semaines à Madagascar afin de soutenir les autorités locales dans le démantèlement de 13 centres d’escroquerie présentés par Washington comme étant exploités par des réseaux criminels chinois bien organisés. L’opération s’inscrit dans l’élargissement des activités de cette unité américaine, initialement mobilisée contre les grands centres d’escroquerie opérant notamment en Asie du Sud-Est.
L’affaire montre surtout la complexité croissante des réseaux auxquels les autorités nationales, doivent désormais faire face. Les escroqueries internationales présentent de multiples facettes (Faux investissements, plateformes numériques, cryptomonnaies et blanchiment de fonds) avec des opérateurs, des victimes et des circuits financiers répartis dans plusieurs pays.
C’est précisément cette dimension transnationale qui rend la coopération internationale déterminante. Les Etats-Unis disposent d’unités spécialisées capables de suivre des transactions en cryptomonnaies et de coordonner des investigations avec plusieurs juridictions.
On peut considérer l’intervention de la Strike Force à Madagascar comme un renforcement des capacités opérationnelles mobilisées contre ces réseaux. La question des moyens techniques, humains et judiciaires dont dispose Madagascar, se pose toutefois, pour mener de telles investigations de manière autonome.
En effet, pour Antananarivo, le défi est de taille. Pas plus tard qu’au début de ce mois, Madagascar a signé à New York la «Convention de Hanoï», un traité des Nations unies contre la cybercriminalité. Comme l’étroite collaboration avec l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), cette initiative illustre l’intention de pays de s’engager dans une démarche de coopération face l’ampleur et l’évolution rapide des cybercrimes dans le monde.
Le Dr Ibrahim Norbert Richard, secrétaire général de la Commission de l’océan Indien, l’a également souligné lors de son passage à Antananarivo dans le cadre du projet sur l’Architecture régionale de sécurité maritime. Madagascar a intérêt à multiplier la coopération avec les pays riverains de l’océan Indien et les grandes puissances, face aux crimes transnationaux. En effet, les criminels disposent de moyens tant techniques que financiers pour perfectionner leurs modes opératoires à l’échelle mondiale.
Dans cette perspective, Madagascar doit renforcer durablement ses capacités en matière de cyberenquête, de traçage des flux financiers et de coopération judiciaire internationale. L’appui américain constitue à ce titre un outil de coopération. De plus, l’Etat malgache doit empêcher que le pays ne devienne un territoire d’implantation ou de repli pour des réseaux internationaux de cybercriminalité.
Tivo Rasam




