Smart Clean Cooking: 35 millions de dollars pour changer la donne à Madagascar

La Grande Île se positionne aujourd’hui comme le laboratoire africain de l’énergie propre. A ce sujet, financé à hauteur de de 35 millions de dollars, par le Fonds de l’Opep pour le développement international (Opec Fund), le projet « Smart Clean Cooking (SCC) » a démarré hier, au Novotel Ivandry, à Antananarivo, d’une durée de cinq ans, dont plus de 70 % du budget iront directement aux bénéficiaires.

Le ministère de l’Énergie et des hydrocarbures (MEH) pilote l’initiative avec le projet Pôles intégrés de croissance (Pic). Le défi reste pourtant de taille : «plus de 90 % des ménages cuisinent encore au bois ou au charbon». Cette pratique détruit les forêts, pollue l’air et nuit à la santé.
«Aujourd’hui, seuls 14 % des foyers utilisent une cuisson propre, alors que l’objectif est d’atteindre 50 % en 2030», a indiqué le directeur de la bioénergie au sein du MEH, Fidiarison Kenny Marco Louis.
Pour le Country Manager Senior de l’Opec Fund, Lewnis Boudaoui, ce retard s’explique d’abord par un manque de coordination. «La volonté est là, les compétences aussi. Il a manqué un concept fédérateur», constate-t-il. En effet, les anciens projets restaient isolés. «Ils agissaient à petite échelle, sans politique nationale. Nous voulons donc réunir les autorités, la société civile et les partenaires. C’est notre ambition».

Un prêt sur 20 ans et un modèle pour la région

Dans cette optique, l’ Opec Fund accorde un prêt concessionnel sur 20 ans. «Notre premier projet à Madagascar date de 1976, l’année de notre création», rappelle Lewnis Boudaoui. Mais le fonds espère aussi mobiliser la Banque mondiale, grâce à son programme Ascent. Il veut aussi attirer le secteur privé, car «celui-ci doit s’approprier cette transition pour que Madagascar se développe sans dépendre de l’aide». Des appels à projets seront donc lancés.
Du côté du gouvernement, le ministre de l’Energie, Radonirina Lucas Rabearimanga, promet des gains concrets. «Le projet réduira le temps de cuisson et les dépenses des mé­na­ges», assure-t-il. Fidiarison Kenny Marco Louis, responsable du dossier, identifie toutefois un frein : «Beaucoup ignorent le prix des foyers biologiques. Pourtant, des solutions existent». Quant à Ladislas Adrien Ra­kotondrazaka, coordonnateur national du Pic, il souligne que «le secteur privé sera en­cou­ragé à faciliter l’usage de l’énergie propre».
Les solutions varieront selon les régions. Le bambou et le biogaz de cactus dans le Sud font ainsi partie des pistes étudiées. L’Opec Fund recommande surtout de commencer par de petits projets pilotes. Enfin, Madagas­car devient un modèle pour d’autres pays. «Cette île sera notre phare», déclare Lewnis Boudaoui. Dans cette perspective, le Malawi, la Zambie, la Tanzanie et le Zimbabwe suivent déjà le dossier de près.

Arh.

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