Comme dans un moulin

L’arrestation récente à Maevatànana d’une di­zaine d’orpailleurs illicites de nationalité étran­gère suscite de nombreuses interrogations. Est-ce qu’ils se consi­dèreraient se trou­ver dans un pays con­quis ou dans une de ces ré­publiques bananières où tout nouveau venu peut se permettre de faire ce qu’il veut ?
Il est inconcevable qu’ils soient venus à Madagascar sans s’être informés préalablement des lois qui régissent le pays. Dans ce cas, ils auraient été in­formés du besoin d’autorisation, tout comme les na­tionaux qui s’adon­nent à l’orpaillage.
Donc, ils savaient pertinemment qu’ils agissaient dans l’illé­galité. S’ils ont ainsi agi, c’est qu’ils étaient plus ou moins assurés qu’on ne les dérangerait pas, bénéficiant sans au­cun doute d’une promesse de protection. Autrement, ils n’auraient jamais osé enfreindre la loi.
C’est cette complicité des autorités locales ou autres qui dérange. Bien évidemment, c’est l’appât du gain qui en­traî­ne ces responsables à commettre l’irréparable. Leurs interventions n’étant jamais désintéressées. C’est ainsi que la porte est ouverte à la corruption.
Il semblerait que ces étrangers aient utilisé du matériel sophistiqué dans leur quête de l’or. La déclaration de ce type d’appareil aurait déjà
dû attirer l’attention des responsables. Comment ce matériel est-il entré dans le pays ? Ce fait relève de la douane. Y aurait-il eu également une complicité pour fai­re passer tout ce matériel en douce ?
Autre point qui mérite d’être souligné : L’en­trée des étrangers dans le territoire national. On se demande si, une fois passée la frontière, les étrangers qui arrivent à Madagascar sont laissés complètement libres de circuler partout où ils veulent. Dans le pays, il est rare qu’un étranger fasse l’objet d’un contrôle de quelque sorte que ce soit.
Bien sûr, nous ne sommes pas dans un de ces Etats policiers où tout étranger qui arrive est « accompagné » par un fonctionnaire partout où il va. Mais tout de même, il y a une sacrée différence entre le contrôle permanent dans un Etat policier et le laisser-faire, laisser-aller qui existe ici.
Il y a des étrangers qui arrivent à Madagas­car avec pour motif « tou­risme » mais qui finalement s’y installent pendant des années. Et beau­coup de ces étrangers qui résident à Ma­da­gascar en situation irrégulière vi­vent d’expédients. Cela pourrait avoir des conséquences néfastes sur la population.
Bien que la procédure d’installation d’étrangers à Madagascar soit déjà facilitée, il y en a toujours qui, pour une raison ou une autre, préfère rester en situation irrégulière. La raison est que nos fron­tières, compte tenu de leur étendue, sont difficiles à contrôler en totalité. Et en fin de compte, on y entre et on en sort comme dans un moulin.

Aimé Andrianina

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