L’affaire de tous

Madagascar devra se doter de 11 500 cham­bres d’hébergement sup­plémentaires pour at­teindre sa grande ambition d’accueillir un mil­lion de touristes d’ici 2028. Ce qui n’est pas loin compte tenu de la proximité de cette échéance. Une question se pose a priori.
Le délai dont on dispose sera-t-il suffisant pour mener à bien la construction de nouvelles infrastructures hôtelières nécessaires ? En effet, qui dit cham­bres supplémentaires suppose de nouvelles constructions ou tout au moins des aménagements ou des réhabilitations.
Et si éventuellement, ces infrastructures se­raient réalisées à temps, d’autres problèmes se posent. Le premier con­siste à répondre à la question : Qui va y travailler ? Dans le secteur de l’hôtellerie et de la restauration, il faut un personnel qualifié. Cela ne s’improvise pas.
Existe-t-il un personnel qualifié en nombre suffisant ? Selon un raisonnement simpliste, pour un million de touristes à venir, il faudra doubler l’effectif actuel des em­ployés parce qu’aujourd’hui, sur une année, on a enregistré l’arrivée d’environ 420 000 touristes.
Dès à présent, il faut mettre en place un vaste programme de formations plus ou moins spécialisées. Et surtout, réaliser des études pour con­naitre si les prestations effectuées par le personnel existant répondent à la demande de la clientèle. La satisfaction de cette dernière doit être le principal objectif.
Il faut également penser aux moyens requis pour transporter tout ce beau monde vers leurs lieux de destination. Se­lon ministère, de nombreuses compagnies aé­riennes souhaiteraient exploiter des vols directs vers les grands aéroports de la Grande île.
Autrement dit, les vols domestiques seront dé­laissés. Ce qui ne sera pas favorable au développement de la compagnie nationale de transport aérien dont les activités se limitent aujourd’hui aux vols intérieurs. Forcé­ment, la compagnie nationale enregistrera un man­que à gagner.
Les touristes restent rarement sur place et veulent découvrir ce pourquoi ils ont décidé de venir. Donc, ils ont besoin d’autres moyens de dé­placement, et généralement sur route. Quid de l’infrastructure routière ? Tous les projets routiers et travaux de réhabilitation portant sur les routes nationales seront-ils achevés à temps ?
Améliorer les infrastructures ne suffit pas. Beaucoup d’autres facteurs sur lesquels le mi­nistère du Tourisme n’a aucune influence directe sont à considérer. Parmi ceux-ci, on peut citer, entre autres, des frais de transport aérien très élevés comparés aux autres destinations, … .
On ne peut pas oublier l’insécurité grandissante aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural. Tout cela a un impact direct sur le choix des touristes. Les agressions perpétrées sur des étrangers, les attaques auprès des établissements hôteliers… sont autant de mauvaises publicités pour le tourisme à Madagascar.
Enfin et surtout, il faut éviter une instabilité politique qui pourrait dissuader les touristes à venir et les amener à annuler leur réservation. Quant à ceux qui sont déjà sur place, ils pourront écourter leur séjour. Même les investisseurs potentiels auront des difficultés pour se décider à venir avec leurs capitaux.
Tout cela demande
des efforts conjoints et coordonnés de la part d’autres départements, secteurs,… publics ou privés pour un objectif commun : Voir le tourisme se développer à Madagas­car. Autrement dit, le dé­veloppement du tourisme est l’affaire de tous.

Ranaivo Lala Honoré

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