Visiblement, le changement de régime n’a pas tout changé. Du moins, pas dans les pratiques. Les récents événements en donnent une illustration frappante à travers des perquisitions menées tambour battant, souvent dans les domiciles de personnalités réputées proches de l’ancien pouvoir, et parfois, si l’on en croit
les témoignages, sans mandat en bonne et due forme.
On aurait aimé croire que ces méthodes appartenaient à une époque révolue. Mais les faits rappellent que, dans ce pays, les réflexes de certains tenants du pouvoir ont la vie dure. Bien sûr, il n’y a rien d’anormal à ce que les autorités enquêtent, perquisitionnent, et fassent leur travail lorsque la situation l’exige. La transparence et la redevabilité sont même des piliers essentiels d’un État de droit. Mais encore faut-il que tout cela se fasse dans les règles, avec le respect des procédures et des droits des personnes concernées. Sinon, la frontière entre la justice et la vengeance devient vite floue.
Et c’est là tout le danger ces derniers temps, c’est que la volonté affichée de lutter contre la corruption ou de restaurer la probité publique ne se transforme, au fil des opérations, en règlement de comptes politique. À force de cibler toujours les mêmes, souvent les opposants, les anciens responsables ou les proches du régime précédent, le risque est grand de retomber dans ce cercle vicieux dont la classe politique peine à sortir depuis des décennies. En effet, chaque pouvoir, une fois installé, règle ses comptes avec le précédent. Et vice versa demain, après-demain.
C’est un scénario usé, prévisible, et pourtant toujours d’actualité. À chaque alternance, les mêmes scènes avec les descentes musclées, les saisies spectaculaires ou encore les rumeurs de dossiers cachés. L’opinion publique s’en émeut, puis s’en lasse. Jusqu’au prochain cycle, où les rôles s’inversent.
Le vrai changement, celui qu’on attend encore, ne réside peut-être pas dans le simple remplacement des visages au sommet de l’État, mais dans l’évolution des pratiques. Gouverner autrement, ce serait aussi accepter que la justice fasse son travail sans pression politique et dans le respect des procédures.
On peut se réjouir que des enquêtes soient ouvertes et que la justice semble enfin vouloir bouger. Mais à trop vouloir montrer la fermeté, on finit parfois par donner le sentiment d’un excès de zèle, ou pire, d’un deux poids, deux mesures. Et cela, dans un pays encore en quête de stabilité, pourrait avoir des conséquences plus graves qu’on ne le croit. Les conséquences ne sont peut-être pas visibles mais ces pratiques laissent toujours des traces.
Cela dit, attention à la dérive. Car la justice, quand elle perd son équilibre, n’est plus justice : elle devient un instrument.
Rakoto




