Citoyenneté éclairée…

A chaque grande réforme, le même réflexe refait surface : la peur avant la raison, l’émotion avant le discernement. Le lancement de l’enrôlement biométrique le projet « Izaho tokana » à Iavoloha
n’échappe pas à cette règle comme l’a confié le président de la Refondation Michael Randrianirina lors de son discours. Alors que l’Etat engage un processus administratif destiné à moderniser l’identification des citoyens, certains choisissent d’y voir une machination occulte, allant jusqu’à convoquer des symboles apocalyptiques pour nourrir l’angoisse collective.
Assimiler un numéro administratif à une prophétie biblique relève moins de la foi que de la manipulation émotionnelle. La citoyenneté ne peut pourtant se construire sur des coïncidences numériques, des interprétations hasardeuses ou des rumeurs virales. Une démocratie vivante repose sur des citoyens capables de distinguer les faits des fantasmes, les croyances personnelles des politiques publiques.
Le danger n’est pas la foi, profondément ancrée dans notre société et respectable dans sa dimension spirituelle. Le danger réside dans son instrumentalisation, lorsqu’elle devient un outil de peur et de désinformation. En exploitant les émotions, les discours complotistes affaiblissent le débat public, détournent l’attention des véritables enjeux et sapent la confiance collective indispensable à toute action nationale.
En effet, les vrais sujets existent et méritent un débat sérieux : la protection des données personnelles, la transparence des procédures, les garanties juridiques, le contrôle citoyen. Mais ces questions légitimes sont noyées lorsque le raisonnement cède la place à l’irrationnel. A force de crier au complot, on renonce à l’exigence démocratique la plus élémentaire : comprendre avant de juger.
Une citoyenneté éclairée n’est pas une citoyenneté docile. Elle questionne, elle exige, elle surveille. Mais elle refuse la manipulation par la peur. Elle sait que l’Etat se critique avec des arguments, non avec des symboles détournés. Elle comprend que le progrès administratif n’est pas l’ennemi de la liberté, dès lors qu’il est encadré par la loi et le contrôle public.
Face aux bouleversements technologiques et institutionnels, Madagascar n’a pas besoin de citoyens effrayés, mais de citoyens responsables. La maturité civique commence là : choisir la raison plutôt que la rumeur, le débat plutôt que la panique, l’intelligence collective plutôt que la peur fabriquée.

Tivo Rasam

Partager sur: