À Ambalihamarotia, dans la commune rurale de Mitsinjo, district de Mitsinjo, région Boeny, des anciens migrants venus du sud de Madagascar, sont devenus des défenseurs de l’environnement. Installés dans cette localité depuis les années 2000, ces habitants, autrefois responsables de la dégradation forestière, se mobilisent désormais pour protéger les forêts et les zones préservées du Complexe Mahavavy-Kinkony (CMK).
Cette reconversion s’est opérée progressivement au cours des six dernières années. Ils ont pris conscience de l’importance des ressources naturelles pour leur survie quotidienne. Agriculture, élevage et exploitation durable des ressources constituent aujourd’hui les piliers de leur subsistance.
Filantsoa Norbert, chef secteur à Ambalihamarotia, témoigne de ce changement profond. «Auparavant, nous avons détruit la forêt en pratiquant l’agriculture sur brûlis et fabriquant de charbon de bois. Lorsque je suis devenu chef secteur, j’ai compris que cette destruction ne pouvait plus continuer. J’ai alors sensibilisé les familles pour changer nos pratiques», confie-t-il.
Selon lui, l’appui de l’organisation Asity Madagascar a fortement contribué à cette reconversion. «Après avoir renoncé à détruire la forêt, nous nous sommes tournés vers l’agriculture. Nous cultivons notamment le manioc, le maïs et le riz pluvial, avec des résultats encourageants», précise-t-il.
Culture environnementale
Avec près de 300 personnes sous sa responsabilité, Norbert a aussi lancé un vaste programme de reboisement. Chaque année, environ 25.000 jeunes plants sont produits en pépinière puis replantés pour restaurer les zones dégradées. Cinq ans plus tôt, les habitants ont également créé une «école verte» accueillant 125 élèves.
«Notre objectif est d’éduquer les enfants pour qu’une telle erreur ne se reproduise pas. Cette école leur transmet la culture environnementale», affirme-t-il.
Pour la chef du service de l’Environnement et du Développement durable de la région Boeny, Augustine Rasoamafaly : «Les migrants réhabilitent actuellement 20 hectares de terrains dégradés grâce au reboisement. Malgré les dégâts causés auparavant par les incendies, les résultats sont déjà visibles et prometteurs».
Le Complexe Mahavavy-Kinkony couvre 350.824 hectares, dont 7 % abrite le noyau dur. Classé en catégorie V, ce territoire abrite un écosystème exceptionnel, incluant le lac Kinkony, deuxième plus grand lac de Madagascar, 11.000 hectares de mangroves et de vastes forêts sèches. «La priorité est de préserver l’équilibre entre l’homme et la nature», rappelle la responsable ministérielle.
Et l’inauguration du projet Symbiotic, le 30 juin, marque une nouvelle étape. Prévu sur cinq ans, ce programme renforcera la valorisation du CMK, la formation agricole moderne et l’implication des communautés locales dans la protection environnementale.
Arh.




