Retour de l’autorité de la loi

L’émotion est immense. Les enlèvements, les disparitions d’enfants et la recrudescence des crimes violents, entretiennent une inquiétude profonde dans le pays. Pour y faire face, le gouvernement a choisi de déclarer une véritable « guerre » aux réseaux criminels. Contrôle renforcé des véhicules aux vitres teintées, fermeture des bars à 21 heures, multiplication des opérations de sécurité… Les premières mesures suscitent déjà des réactions. Pour certains, elles seraient le signe d’un durcissement, voire d’une atteinte aux libertés individuelles.
Pourtant, ces mesures ne sont pas nouvelles. Elles sont déjà inscrites dans la législation malgache. Les vitres teintées sans autorisation sont interdites depuis longtemps. Les horaires de fermeture des établissements débitant des boissons alcoolisées sont également fixés par la loi. Ce qui change aujourd’hui, ce n’est donc pas le droit. C’est la volonté de l’appliquer.
Pendant des années, l’application de ces règles a été inégale, parfois inexistante. Les contrôles se sont relâchés, les dérogations se sont multipliées, les infractions sont devenues banales. À force de voir la loi ignorée, une partie de la population a fini par considérer cette tolérance comme la norme. Le respect des règles est devenu l’exception, tandis que leur violation s’est installée dans le quotidien.
Dans ce contexte, le retour à une application stricte de la loi donne l’impression d’une nouveauté. Certains y voient même une restriction des libertés. En réalité, il s’agit surtout du retour de l’autorité de la loi.
En tout cas, la lutte contre les réseaux criminels ne se gagnera pas uniquement grâce aux forces de sécurité. Elle passera aussi par la restauration d’une culture du respect des règles. Les criminels prospèrent lorsque les contrôles disparaissent et que les infractions deviennent ordinaires.
Le véritable défi pour les autorités ne sera donc pas seulement de mener des opérations coup de poing, mais aussi de démontrer que cette fermeté ne relève pas d’une mobilisation ponctuelle dictée par l’émotion, mais d’un engagement durable en faveur de l’Etat de droit. Car une loi appliquée seulement en temps de crise finit toujours par perdre sa légitimité.

Tivo Rasam

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