Entendus et écoutés

Ces dernières semaines, on a assisté à une montée inhabituelle du nombre de vindictes populaires dont certaines se sont terminées par un lynchage en règle. Bien des fois, ces lynchages font suite à des accusations sans preuve. Ces adeptes de la justice populaire ont fait fi du principe de la présomption d’innocence.
Tout se décide et se règle en deux temps, trois mouvements sans le moindre jugement rendu par une juridiction compétente. La sentence tombe séance tenante. Ces dérives de justice expéditive s’expliquent par la montée sensible de l’insécurité un peu partout dans le pays. Un sentiment d’insécurité gagne la population.
Et si ces lynchages se réalisent, c’est parce que, souvent, les forces de sécurité se trouvent impuissantes face à une foule en furie. Le risque est que cette dernière puisse se retourner contre elles à leur moindre tentative de s’opposer à l’exécution de la justice populaire. Et les forces en présence sont inégales.
C’est ainsi qu’un homme soupçonné d’être impliqué dans un crime fut arrêté par la police nationale et se retrouve finalement livré à la foule qui n’a pas hésité à le lyncher et le bruler vif. Et tout cela s’est déroulé en présence des forces de l’ordre.
Mais que pouvaient-elles faire ? Bien sûr, c’est leur devoir de protéger les présumés coupables jusqu’à ce qu’une décision de justice soit prononcée. Mais devaient-elles intervenir jusqu’à risquer leur propre vie ? C’est une question qui se pose à tout le monde et il appartient à chacun d’y répondre.
Pire encore, une intervention de la part des forces de l’ordre pourrait ne pas s’arrêter à leur mise en danger. Telle qu’on la connait la vie dans le monde rural où tout le monde se connaît, il est fort possible que, même les proches des forces de l’ordre fassent l’objet de représailles en cas d’opposition.
Pourquoi cette volonté manifeste et directe de se venger soi-même ? Sans aucun doute, cela s’explique par le manque de confiance à l’égard de la justice. Effecti­vement, il arrive que des auteurs présumés de crime se retrouvent comme par hasard libres et déambulant au milieu de la population comme si de rien n’était.
On ne peut manquer de constater que la tension sociale monte de plusieurs crans. On comprend plus ou moins le ras-le-bol de la population vis-à-vis de ces multiples agressions qui deviennent de plus en plus violentes. Mais il est également à craindre que ces vindictes populaires ne cherchent à cacher des règlements de compte.
Si tel est le cas, on ne manquera pas de s’engager dans une spirale de vendetta dans un environnement social déjà délétère. Ce n’est pas sans raison que les leaders chrétiens se sont prononcés et ont lancé un appel au calme et à la retenue. Le moins qu’on puisse espérer est qu’ils soient entendus et écoutés.

Ranaivo Lala Honoré

Partager sur: